Récit de mes démêlés avec la justice par Olivier Jacquet

Récit de mes démêlés avec la justice

Actualisé le 19 février 2018

Je suis Olivier JACQUET résidant à Salignac (33240), j’ai 44 ans, je suis père d’une fille de 11 ans et de jumeaux de 9 ans scolarisés respectivement en CM2 et CM1 dans l’école communale.

Jeudi 25 janvier 2018, mon épouse a été appelée par les gendarmes et a dû amener les enfants à la gendarmerie de Mérignac, à la Brigade de Protection de la Famille.

C’est là que j’ai découvert que j’avais été l’objet d’un signalement effectué par l’école.

J’ai aussitôt contacté monsieur le maire qui m’a confirmé avoir été mis au courant du signalement par la directrice de l’école. Il n’a visiblement pas daigné m’en informer. Apparemment il ne se sentait pas vraiment concerné, comme Ponce Pilate qui s’en lave les mains – veuillez m’excuser pour cette comparaison certainement excessive que l’on voudra bien mettre sur le compte de ma situation. Monsieur le maire avait tenu un discours élogieux sur moi et ma famille lors de mon mariage en 2005 – j’ignore en fait pourquoi, peut-être parce que j’avais été camarade de classe de sa fille. Et maintenant, je serais devenu une personne mal famée. Ou bien simplement tient-il à garder une neutralité irréprochable ? Mais si le signalement avait concerné un membre de sa famille ou un ami, aurait-il conservé cette neutralité ? Ne pouvait-il pas jouer un rôle de médiateur ou inciter la directrice à faire preuve de prudence et à effectuer certaines vérifications ? Ne pouvait-il pas également se rapprocher d’un des médecins du village qui est aussi mon frère pour essayer de savoir ce qu’il se passe ?

J’ignore aussi pourquoi les enseignants n’ont pas jugé bon de m’entendre. Pourtant, mon épouse et moi avons toujours répondu à leurs convocations pour parler du comportement souvent problématique de nos garçons bien connus au sein de l’école et des parents d’élèves.

Mon procès a été fait semble-t-il sans que l’on ait pris une seule fois contact avec moi.

Quelle serait l’origine des faits ?

Fin septembre 2017, mes enfants, et probablement plus ma fille, auraient parlé à leurs camarades lors d’un moment de crise dans mon couple. Ils auraient exprimé leur désarroi et exprimé les points de litige entre moi et mon épouse : « je corrige mes enfants », « je les oblige à prier ». Ma fille aurait même exprimé son désir de mourir. Les camarades, probablement des copines de ma fille, auraient rapporté les propos de ma fille à leurs parents qui auraient eux-mêmes parlé aux enseignants. Les enseignants auraient de plus remarqué des phases de tristesse chez un de mes fils qui leur aurait confié être affecté par les difficultés familiales.

Les parents d’élèves, non plus, n’ont pas jugé utile de nous parler. Nous sommes apparemment devenus des pestiférés de qui il serait dangereux de s’approcher et qui pourraient s’en prendre violemment aux enfants. Pourtant, nous avons toujours été coopératifs chaque fois que des parents se plaignaient de l’attitude de nos garçons. Nous avons toujours cherché à apaiser les conflits ou incité également à prendre le plus possible de la distance par rapport à ce que nos enfants peuvent rapporter les uns sur les autres.

N’y a-t-il pas eu une cascade d’émotions et de dramatisation ?

Comment ai-je connaissance de ces faits ? Parce que le mercredi 13 décembre 2017, la directrice a demandé à parler à mon épouse à la sortie de la classe à midi. Il se trouve que j’allais chercher les enfants tous les soirs de la semaine mais pas le mercredi midi. On a donc choisi, délibérément ou pas, un moment où je n’étais pas là.

J’ai donc fini par apprendre la chose, et certains dans mon entourage se sont intrigués que je n’ai pas été informé au même titre que mon épouse.

Quelle est la situation actuelle ?

Après une première audition de mes enfants le jeudi 25 janvier 2018 par les gendarmes, mon épouse a été contactée le lundi 29 janvier 2018 pour lui signifier que je n’avais plus la garde de mes enfants et qu’ils devaient être confiés à un tiers de confiance – mon épouse, puisque nous sommes séparés depuis le début de l’année. Si nous avions été ensemble, nos enfants auraient été envoyés en foyer. Rien ne m’a été signifié directement. Tout m’a été appris par le biais de mon épouse. N’est-il pas étrange que mon épouse soit utilisée comme intermédiaire ? Tout se trame-t-il dans mon dos jusqu’à ce que l’on m’accable ? Pourquoi ne prend-on pas la peine de m’informer officiellement ? Suis-je un individu désormais non respectable qui n’a plus aucun droit ?

Le jeudi 1er février 2018, ma fille a été entendue une deuxième fois par les gendarmes.

Le vendredi 2 février 2018, le premier document officiel que je reçois est la convocation par le juge des enfants pour le jeudi 8 février 2018. J’annonce à mon épouse ma volonté de lire le dossier d’assistance éducative consultable au tribunal. Elle me révèle alors avoir été auditionnée elle aussi par les gendarmes, ce qu’on lui avait ordonné de ne pas me révéler.

Le lundi 5 février 2018, je découvre le dossier d’assistance éducative – que j’ai le droit de consulter pendant 1 heure au tribunal – dans lequel se trouve les documents que le juge m’a autorisé à lire. J’ignore bien entendu les documents que je n’ai pas le droit de voir.

Je peux y lire :

  • l’ordonnance de placement provisoire émanant du Procureur de la République, que l’on ne m’a toujours pas communiquée,
  • le signalement émanant de la directrice de l’école,
  • les auditions de mon épouse et de mes enfants à la gendarmerie,
  • le résumé de ces auditions par l’adjudante en charge de l’affaire.

L’ordonnance de placement provisoire fait état :

  • de mineurs évoluant au sein d’une communauté aux pratiques religieuses extrêmement contraignantes,
  • que ma fille a pu faire connaitre à divers témoins sa souffrance et celle de ses frères face aux règles de vie très strictes même si ils apparaissent tous attachés à leur père et désireux de lui faire plaisir en se conformant à ses principes de vie,
  • qu’une enquête pénale en cours impose de protéger les enfants de toute pression,
  • qu’une évaluation sociale semble nécessaire pour évaluer la dangerosité du mode de vie imposé aux enfants au domicile paternel.

Il semble donc que le groupe spirituel auquel j’appartiens – association GIROLLE, crée en 1986 par mon père Jean André JACQUET et dont les statuts sont publiés au Journal Officiel – est mis en cause et probablement visé par une enquête pénale, que ce groupe est qualifié de communauté. Ce terme véhicule probablement un amalgame :

  • Premièrement, il y a une cohabitation intergénérationnelle : mes parents, mon frère, moi et ma famille. Cela ne signifie pas qu’il y a un partage des portefeuilles. Il y a des espaces de vie communs et des espaces de vie séparés.
  • Deuxièmement, à ces personnes de ma famille, se joignent à des moments précis de la journée d’autres membres de l’association vivant dans le voisinage pour des méditations et des prières et parfois pour un partage de repas.
  • Troisièmement, des réunions de tous les membres de l’association ont lieu un samedi après-midi sur deux et un soir par mois.

Il n’y a pas de communauté au sens où on pourrait l’entendre, à savoir une vie partagée dans un même espace de plusieurs familles, dans une certaine autarcie et un certain rejet de la société.

Nos pratiques religieuses sont qualifiées d’extrêmement contraignantes et notre mode de vie est perçu comme dangereux. N’y a-t-il pas une totale subjectivité de ces jugements ? Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.

En ce qui concerne le signalement écrit par la directrice de l’école, un premier aspect dans le préambule m’interpelle : il est dit que mes garçons parlent dès qu’ils en ont l’occasion de choses en rapport avec la religion. Cela est noté, nous pourrions dire, de manière innocente. Mais est-ce bien le cas ? Quel procès sous-jacent m’est-il fait ? Mes garçons seraient-ils endoctrinés ? Tout ce qui est religieux est-il suspect aux yeux de la directrice ou de l’éducation nationale ? N’est-ce pas grave d’être poursuivi parce que je transmettrais une éducation religieuse ? En d’autres temps, pas si anciens, certains étaient dénoncés simplement pour leur appartenance à une certaine religion…

Un deuxième aspect m’étonne dans le signalement : j’aurais été violent envers ma fille et mon épouse selon les dires d’une maman d’élève. Dans ce cas, pourquoi la directrice n’a-t-elle pas évoqué ce point avec mon épouse le 13 décembre 2017 ? Dans son signalement, elle ne le mentionne pas parmi les points abordés et mon épouse ne me l’a pas relaté non plus. Si cela avait été abordé, mon épouse aurait pu nier ces allégations. Mais pourquoi la question n’a-t-elle pas été posée à ma fille, qui elle aussi aurait pu nier ? Il me semble qu’il y a là un grave manquement de la directrice qui s’est permise de relayer sans vérification ce qui s’apparente à une rumeur ou même pire à de la calomnie ? Est-il possible de détruire impunément la réputation d’un homme sur la seule foi du récit d’une maman d’élève qui n’est peut-être que le énième relai de propos déformés ? Le signalement permet-il la délation ? Quelle défense vais-je pouvoir exercer maintenant ? Vais-je pouvoir effacer tout ce qui est écrit abusivement à mon encontre ? Depuis le début, personne ne m’a interrogé directement. On ne fait que retenir des charges contre moi. Est-ce comme cela que la justice de notre pays fonctionne ou dysfonctionne ?

En conclusion du signalement de la directrice de l’école, celle-ci précise qu’elle a rédigé le signalement après que la gendarmerie l’a contactée et lui a demandé de le faire. Quelles relations la directrice entretient-elle avec la gendarmerie ? Comment l’information circule-t-elle ? Pour que la gendarmerie se déplace, la directrice n’a-t-elle pas signalé les évènements d’une manière ou d’une autre ? Pourquoi une telle intervention des gendarmes ? Cherche-t-on absolument à produire des preuves compromettantes contre moi aux fins d’attaquer le groupe spirituel auquel j’appartiens ? Le mardi 6 février, mon épouse a demandé à la directrice de l’école si elle aurait fait le signalement sans l’intervention de la gendarmerie. Elle a répondu que non, étant donné que l’entretien qu’elle avait eu avec mon épouse le 13 décembre l’avait rassurée, mais elle a dit que sa hiérarchie ainsi que la gendarmerie avaient fait pression sur elle. La directrice a indiqué qu’elle était désolée de l’ampleur prise par les évènements. Doit-on croire à sa bonne foi ? A-t-elle peur d’assumer sa part de responsabilité ? Si elle estimait vraiment commettre une faute, n’était-il pas de son devoir de désobéir ? On s’interroge souvent sur ce que nous aurions fait lors de la deuxième guerre mondiale : aurions-nous collaboré, dénoncé des Juifs, participé à leur extermination, obéi à des ordres sans sourciller ou par peur de mesure de rétorsion ? Est-ce par peur que la directrice a agi, pour ne pas compromettre son avancement ? Ou a-t-elle fini par se convaincre que décidément Monsieur JACQUET n’était pas quelqu’un de « bien » et qu’il méritait ce qui lui arrive ? Peut-être n’avais-je pas une bonne tête à ses yeux ? Peut-être mes interventions à l’école n’avaient-elles pas été appréciées d’elle ou de ses collègues ? Peut-être n’étais-je pas assez docile ? Peut-être ai-je pris par moments des initiatives qui ont vexé les enseignants : le fait d’avoir retiré à la fin de l’année scolaire précédente mes enfants de la cantine et de la longue récréation de la mi-journée du fait des problèmes à répétition avec certains camarades survenant lors de ces moments sans réelle surveillance, le fait d’avoir privé mes garçons de la sortie de fin d’année par crainte encore de conflits avec leurs camarades, le fait d’avoir demandé à ma fille de surveiller ce qui se passait entre mes garçons et leurs camarades puisque nous n’arrivions pas à savoir quelle était la responsabilité des uns et des autres dans ces conflits. Il se trouve justement que le signalement de la directrice mentionne le fait que j’aurais corrigé ma fille parce qu’elle ne surveillait pas correctement ses frères en juillet 2017. Elle a laissé comprendre à ma fille que ce n’était pas à elle de s’en occuper, ce en quoi elle n’a pas tout à fait tort mais elle s’est tout de même permis d’interférer avec une demande des parents. J’aurais alors préféré qu’elle m’en parle directement et je lui aurais signifié que nous n’étions pas satisfaits de la surveillance à l’école. Il n’est donc pas exclu que la directrice ait nourri à mon égard certains ressentiments.

Est-ce que ces faits ne sont pas de nature à totalement discréditer les enseignants auprès des parents d’élèves ? Les parents savent-ils qu’ils on en face d’eux des personnes qui peuvent les envoyer au « bucher » volontairement ou non ? Quelle confiance peut-on avoir dans ces personnes ? Pour ma part, il est certain que la relation de confiance est définitivement rompue avec les enseignants de l’école de mes enfants. Aucun d’eux jusqu’à présent ne s’est manifesté auprès de moi pour regretter ce qu’ils ont fait. C’est à croire qu’ils ont une très bonne conscience. Peut-être ont-ils une haute opinion de la justice et pensent-ils que la justice permettra de connaitre la vérité et me disculpera si je suis innocent ? C’est peut-être vrai mais au bout de combien de temps, sachant que pour l’instant moi et mes enfants sommes dans l’impossibilité de vivre ensemble pour une durée indéterminée. Mais penser que la justice est infaillible n’est-il pas une illusion puisqu’elle est rendue par des hommes et des femmes faillibles et pas nécessairement impartiaux ? Peut-être la grande majorité se croit-elle à l’abri d’un tel dysfonctionnement ? Jamais je n’aurais pensé que cela puisse m’arriver. Je me croyais un bon citoyen, respectueux des lois et désireux de transmettre cela à mes enfants. Combien de fois ai-je expliqué à mes garçons que s’ils continuaient à mal se comporter, ils pourraient un jour se confronter à l’autorité de la police et de la justice. Pour moi, le comble est de me retrouver en tant que père mis en cause par la justice parce que je ferais preuve de trop d’autorité à l’égard de mes enfants ! Mais mon tort est-il aussi d’être croyant ? Ai-je franchi là une limite qui me rend méprisable aux yeux de ces gens bienpensants ?

Pourrai-je un jour obtenir le récit détaillé des évènements par la directrice ? Pourra-t-elle indiquer si on lui a donné des instructions précises sur ce qu’elle devait inscrire dans ce signalement ? J’imagine qu’elle ne le fera jamais, peut-être par peur de sanctions, ou simplement parce qu’elle estime qu’elle n’a aucun compte à me rendre.

Concernant maintenant le résumé des auditions de mon épouse et de mes enfants, écrit par l’adjudante en charge de l’affaire, il m’est apparu de manière flagrante que les propos sont dénaturés et présentés à charge. La formulation employée par l’adjudante fait toujours apparaitre la notion d’obligation ou l’impression d’une plainte de mes enfants.

Deux attaques graves figurent dans le résumé :

  • Ma fille est présentée comme ayant une tendance suicidaire. Comment est-il possible d’écrire une chose si grave qui s’oppose à l’impression que ma fille donne à tous ceux qui la connaissent ? C’est une fille volontaire et enjouée. Y a-t-il eu un diagnostic médical, psychologique ou psychiatrique ? Le fait qu’un enfant dise parfois qu’il a envie de mourir doit-il être confondu avec un désir de suicide ? A-t-on cherché à contextualiser cette envie de mourir ? Ne peut-on pas prendre en compte le contexte de la séparation des parents et l’âge de ma fille qui peut commencer à exprimer des sentiments de manière un peu exacerbée, a fortiori entre camarades ? À ce niveau-là, je trouve qu’il y a un manque de discrimination qui semble délibérément employé par la gendarme pour dramatiser.
  • J’aurais montré avec mon père à un de mes fils des vidéos de gens dénudés faisant l’amour – cela est écrit en caractères gras dans le résumé pour bien attirer l’attention –, ce qui est une distorsion de l’idée que mon fils a voulu exprimer, à savoir que lorsque nous zappons d’une chaine à l’autre, il a pu arriver que nous tombions par accident sur de telles images mais sans s’attarder dessus. Vu la gravité de ce que l’on pourrait laisser entendre, je trouve inadmissible que les gendarmes ne prennent pas aussitôt la peine de bien faire formuler la pensée de l’enfant.

Cela m’amène à m’interroger sur la manière dont les auditions de ma femme et de mes enfants ont été réalisées par les gendarmes. Tout d’abord, on a appelé mon épouse le jour même où elle a changé de domicile. N’est-ce pas intrigant ? Comment les gendarmes sont-ils informés ? Mon épouse a été convoquée pour une audition au cours de laquelle on lui a signifié qu’elle était une victime (de qui ?). N’est-ce pas une forme de manipulation puisqu’on a pu chercher à lui faire dire ce qu’elle n’aurait pas nécessairement voulu dire ? Étant donné les distorsions relevées dans les auditions et le résumé de l’adjudante en charge de l’affaire, on peut se demander pourquoi de tels interrogatoires ne sont pas réalisés systématiquement en présence d’un avocat, d’autant plus quand il s’agit d’enfants. Les gendarmes ont demandé à mon épouse de relire et signer sa déposition après plusieurs heures d’interrogatoire. Mais comment demander à une personne éreintée par une audition de prendre le temps de relire attentivement ? Mon épouse reconnait qu’elle n’a pas eu une lecture suffisamment vigilante vu le nombre de pages, accordant sa confiance aux gendarmes. Quant à mes enfants, ils n’ont pas été invités à participer à la relecture. Néanmoins, on leur a demandé de signer leur déposition. Quelle est la valeur de la signature d’un enfant, a fortiori quand il ne sait pas ce qu’il signe ? N’y aurait-t-il pas une forme d’abus de faiblesse ?

Il me semblerait donc important que les enfants puissent exprimer si oui ou non ils reconnaissent parfaitement leur propos dans le résumé de l’adjudante, surtout si le juge des enfants fonde ses décisions sur ce résumé. Malheureusement je crois déjà avoir compris que le juge ne remettra jamais en question ce qu’on lui apporte, surtout si cela provient des gendarmes.

Comment puis-je me défendre, étant donné que devant le juge des enfants, il n’y a pas de procès, de discours contradictoire ? C’est totalement contraire aux droits de l’homme. Elle est belle notre justice, notre démocratie. Je suis nécessairement coupable puisque certains l’ont décrété… Mais qui ? Et plus je me défendrai, moins le juge sera enclin à me rendre le droit de visite ou de garde de mes enfants. Suis-je obligé de subir, d’encaisser les humiliations si je veux un jour sortir de ce pétrin ?

Le lundi 5 février 2018, l’adjudante en charge de l’affaire m’a contacté par téléphone, donnant lieu à un entretien un peu surréaliste où c’est elle qui voulait savoir ce que je savais. Je lui ai demandé si c’était déjà un interrogatoire. Je l’ai laissée me donner les informations. Elle ne m’a parlé que du signalement par l’école (pas d’une enquête en cours sur le groupe spirituel). Elle m’a parlé de l’ordonnance envoyée à mon épouse la désignant comme tiers de confiance, m’a annoncé que nous serions convoqués par un juge. Je lui ai dit que jusqu’à présent j’étais informé seulement par mon épouse de l’ordonnance et que j’avais pu lire celle-ci dans le dossier qui était disponible en consultation avant mon audience chez le juge des enfants. Elle m’a alors dit : « vous voyez bien que vous êtes au courant, que l’on ne vous a rien caché ». J’ai tenté d’argumenter en disant que je n’étais pas informé officiellement la semaine dernière alors que je devais avoir la garde des enfants. J’ai trouvé l’adjudante de mauvaise foi comme si elle voulait se défendre d’avoir commis une erreur. Ayant l’impression qu’elle me prenait de haut, j’ai montré mon irritation si bien qu’elle a menacé de couper court à la conversation. Je l’ai laissée finir : elle m’a expliqué qu’elle avait agi comme elle devait le faire. Elle m’a enfin prévenu que de toute façon on allait bientôt se voir. Sur ce, je lui ai dit qu’elle me prévienne dans ce cas si je devrais venir avec un avocat.

Le mardi 6 février 2018, mes garçons ont été entendus une deuxième fois par les gendarmes. Ils ont été filmés car on leur a posé des questions en relation avec d’éventuels problèmes d’ordre sexuel. D’après ce que les gendarmes ont dit à mon épouse, il semblerait qu’à l’issue de ces auditions, il n’y ait plus rien d’ambigu. J’ose espérer que les allégations figurant dans le résumé de l’adjudante, mettant en cause l’intégrité morale de mon père et moi-même, ont été entièrement retirées du dossier mais peut-on en être certain ? Nous savons depuis l’affaire d’Outreau comment on a pu faire vivre un calvaire à des innocents sur la base de propos mensongers.

Le jeudi 8 février 2018, mon épouse et moi-même ainsi que nos avocats nous présentons chez la juge des enfants – personne chez qui je perçois un masque de méchanceté, de dureté et de dédain – où nous apprenons que nos enfants étaient également attendus mais les convocations ne le mentionnaient pas. L’audience est donc reportée au mercredi 14 février à 11h avec les enfants. Mon avocat a interpelé la juge sur le fait que l’ordonnance de placement provisoire ne m’a pas été officiellement transmise. La greffière m’a remis contre signature une copie conforme avec ce que j’ai interprété comme un certain mépris mêlé d’agacement, comme si j’étais responsable de ne pas avoir eu cette ordonnance ou comme si je n’aurais pas dû la demander.

Le mercredi 14 février 2018, mon épouse, mes enfants et moi-même ainsi que nos avocats nous présentons à nouveau chez la juge des enfants. Sans surprise la juge a ordonné :

    • une enquête MJIE (Mesure Judiciaire d’Investigation Éducative),
    • l’expertise psychologique des enfants, de mon épouse et moi-même,
    • l’expertise psychiatrique de mon épouse et moi-même,
    • et surtout possibilité pour moi de rencontrer les enfants 1 fois tous les 15 jours dans un point rencontre en présence d’éducateurs ou de psychologues.

Je ne suis pas satisfait de la décision de la juge qui me réduit à voir mes enfants quelques heures sous surveillance tous les quinze jours. Je ne venais pas pour mendier quelques miettes que la juge voudrait bien nous accorder. Qui peut se satisfaire de cela ? Mes enfants non plus n’ont pas seulement besoin de me voir. Ils ont besoin d’un père à temps plein qui les aime, qui les éduque, qui leur donne des repères. Mes enfants ont aussi besoin de leurs grands-parents paternels et maternels qu’ils côtoyaient tous les jours depuis leur naissance, qu’ils aiment et de qui ils recevaient aussi beaucoup d’amour et d’attention. À ce propos, y a-t-il beaucoup d’enfants qui ont pu bénéficier d’une telle proximité avec leurs grands-parents ? N’est-ce pas une richesse qui leur a été donnée ?

Je souhaite donc faire appel de cette décision qui condamne non seulement mes méthodes éducatives mais aussi et surtout le groupe auquel j’appartiens. Mon avocat m’avait expliqué que la stratégie à laquelle je devais me conformer était de défendre ma position de père. C’est ce que j’ai fait devant la juge mais il est inutile de se leurrer : c’est bien le fait que je sois membre d’un groupe qualifié de secte qui pose problème. Mon avocat me conseillait de ne pas me positionner comme le porte-étendard de mon groupe mais je suis attaqué parce que je suis membre de ce groupe. Mon père est lui-même visé et c’est vraisemblablement la cible de l’enquête pénale. Jusqu’à présent, rien ne permettait d’attaquer véritablement le groupe. On a trouvé le meilleur moyen : par le biais de mes enfants et de mes méthodes éducatives.

Je compte désormais sur mon avocat pour entamer un combat offensif et ne pas laisser un juge imposer sa propre vision du monde, ce qui est un comble, quand on se propose de dénoncer tous les abus. L’avocat médiatique Jean-Marc Florand dénonce la chasse qui est faite aux mouvements minoritaires, trop facilement catalogués de sectes.

En fait, la juge avait pris sa décision avant même de m’entendre. La preuve en est qu’elle a dit aux enfants – qu’elle a reçus avant de rencontrer les adultes – qu’elle voulait bien les autoriser à voir leur père mais en dehors de cette « secte ». Elle a aussi dit que retrouver la famille n’était pas possible parce qu’elle voulait protéger les enfants, qu’il ne fallait pas que les enfants soient obligés de participer aux temps de prière. D’après l’un de mes fils, elle aurait même dit : « je m’en fiche que vous ne puissiez pas aller à la maison, je fais cela pour vous protéger ».

La juge ne met-elle pas en avant sa propre vision du bien de l’enfant ? N’est-on pas dans une opposition de deux visions, comme si l’une était nécessairement supérieure à l’autre ? Qui décrète que la juge a raison ? Comme si en politique, droite et gauche pouvaient définitivement prétendre avoir raison…

D’après les enfants, c’est surtout la juge qui a parlé quand elle les a reçus, elle leur a posé très peu de questions. Elle leur a dit que ce n’était pas normal ce qu’on leur faisait subir.

Elle leur a expliqué que leur grand-père les influençait en prenant cet exemple : « Tu vois cette fleur blanche. Ton Papy te dit qu’elle est rouge. Au début tu lui dis que non et il insiste. À la fin on te demande de faire un écrit dans lequel tu devras dire qu’elle est rouge. » La juge voulait par-là dénoncer les « planches » (réflexions écrites que nous demandons parfois aux enfants) comme un exercice de manipulation mentale (à ce propos l’avocat Jean-Marc Florand conteste cette notion de manipulation mentale comme si ce n’était que l’apanage des mouvements dits sectaires ; selon lui, la manipulation mentale est partout, dans la publicité, les techniques commerciales, les partis politiques, les religions, etc.). D’après la juge, nous aurions ainsi convaincu notre fille d’aimer le porridge. Il me semble que la juge a une fausse idée de l’exercice demandé aux enfants. La plupart du temps, il s’agit de relater des évènements et d’expliquer pourquoi les enfants se sont mal comporté. Pour les garçons, cela a souvent consisté à demander pardon à des enseignants ou à des camarades – parce que nous nous sommes toujours sentis solidaires des personnes importunées par nos enfants. À propos du porridge, il s’agissait d’une incitation à un dépassement : nous ne souhaitions pas que nos enfants expriment des caprices, ils ont toujours été incités à manger de tout à table. La conclusion de la planche n’est pas imposée ; il ne s’agit pas de dire : j’aime le porridge, mais plutôt j’ai compris pour quelles raisons je devais faire un effort pour en manger.

Compte tenu de la manière dont nos méthodes éducatives sont caricaturées, ne pourrions-nous pas retourner l’argument à la juge, en lui disant qu’elle essaie de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Pourquoi ne cherche-t-on pas à savoir avant de nous prêter les pires intentions et de nous accuser ?

La juge a demandé si les enfants avaient déjà vu leur grand-père en train de forcer quelqu’un à penser comme lui ? Ma fille a expliqué à sa manière que son grand père dit ce qu’il pense et qu’il laisse les autres libres. Et que si cela crée un conflit, un désaccord, les personnes peuvent partir. La juge a aussi demandé comment les enfants pouvaient savoir si ce que dit leur grand-père est vrai. Elle a affirmé que mon père s’était autoproclamé chef de groupe, ce à quoi ma fille a répondu que c’était le fondateur de l’association GIROLLE. Quand elle a demandé à un de mes fils qui avait désigné leur grand-père comme chef, il s’est retenu de répondre parce qu’il aurait risqué de lui crier dessus. « Il en avait marre d’elle ». Selon lui, elle ne faisait que dire des choses négatives, elle n’était pas gentille, elle nous critiquait, elle disait que nous étions une secte.

La juge m’a également posé des questions sur le prétendu pouvoir de mon père. Je lui ai répondu qu’il ne s’agit pas d’un pouvoir puisque la démarche des membres du groupe est volontaire. Alors elle a dit qu’il s’agissait d’une autorité. Je lui ai répondu que ce n’est pas vraiment une autorité dans le sens où l’intelligence de chacun est interpelée. Nous pouvons faire nôtre ce texte de Bouddha :

« Ne crois rien parce qu’on t’aura montré le témoignage écrit de quelque sage ancien,

Ne crois rien sur l’autorité des maitres ou des prêtres.

Mais ce qui s’accordera avec ton expérience,

Et après une étude approfondie

Satisfera ta raison et tendra vers ton bien

Cela, tu pourras l’accepter comme vrai

Et y conformer ta vie. »

Je n’ai pas eu la possibilité de dire à la juge que nous aimons beaucoup les mathématiques et les démonstrations (et que c’est un exercice que mon père a fréquemment proposé au groupe pour développer l’art de penser correctement ; il est si facile de se faire des illusions dès lors qu’on fait de la philosophie) : il ne s’agit donc pas d’accepter sans intelligence. Le comble est qu’une juge cherche à dénoncer un pouvoir alors qu’elle exerce un pouvoir sans contradiction. N’est-ce pas une justice d’un autre temps ou de systèmes totalitaires encore existants ?

La juge a précisé aux enfants qu’il ne servait à rien de vouloir rectifier certaines déclarations (déformées dans les interrogatoires) parce que peut-être moi ou mon père ou ma mère les aurions forcés à le faire.

La juge a demandé à l’un de mes fils si nous lui montrions des vidéos avec des gens faisant l’amour, ce à quoi il a répondu non et qu’il avait déjà rectifié cela lors de la deuxième audition chez les gendarmes. La juge lui a dit que cela ne servait à rien. Sans que je sache vraiment d’où elle tirait cela, la juge nous a dit, entre adultes, que j’aurais grondé très fortement mon fils. Or mon fils a simplement dit à la juge que j’avais été triste de ce que j’avais lu (je confirme que c’est ce que j’ai exprimé, quel parent ne le serait pas à la découverte de propos mensongers ou déformés ?). J’ai bien vu quand la juge a évoqué la question avec nous, adultes, que la juge maintenait le doute, malgré les dénégations de mon épouse.

N’est-ce pas la juge qui prétend détenir la vérité puisqu’il est impossible de la convaincre du contraire ?

La juge a demandé aux enfants quel type de punitions leur était donné. Elle leur a expliqué que ce n’était pas bien de taper les enfants, que les adultes n’avaient pas le droit, que c’était interdit par la loi. Quand la juge nous en a parlé, j’ai pu expliquer que ma fille a reçu très peu de corrections physiques parce qu’elle est une enfant calme et obéissante. En revanche mes garçons qui sont de manière fréquente dans la provocation dépassent très souvent les limites et nous n’avons pas trouvé d’autres façons que d’utiliser des corrections physiques (le plus souvent tirage de cheveux ou d’oreille). Visiblement ma réponse n’a pas satisfait la juge qui a douté de l’utilité de toute correction. Elle a également formulé l’hypothèse que le comportement des enfants résultait d’une instabilité suscitée par notre mode de vie. Et quand mon épouse indique que même avec elle qui leur impose moins de contraintes ou qui leur offre plus de loisirs, ils sont aussi agités et désobéissants, la juge répond la même chose : ils sont dans une instabilité. Quel argument peut-on retourner contre cela ? Un juge est-il censé affirmer sans preuve ?

Qui pourra certifier que le recours aux corrections physiques est inutile ? Quelle proportion de parents n’utilisent jamais de telles méthodes ? Qui peut juger de la cruauté d’un tel traitement ? Qui a connaissance de l’intensité et de la fréquence des corrections que j’utilise ? Ce que je sais c’est qu’aux yeux d’une mère, bien souvent, le père est perçu comme violent avec les enfants, parce que sa force ou le ton de sa voix sont impressionnants. Mais parfois c’est plutôt la mère qui doit faire preuve de sévérité, à son grand regret, parce que le père n’est pas assez impliqué dans l’éducation. Faut-il absolument condamner les moyens employés, que chacun peut volontiers reconnaitre comme imparfaits ? Faut-il être si catégorique, si intransigeant dans le jugement des parents ? Est-ce si grave de demander à son enfant de rester dans sa chambre et parfois de sauter un repas parce qu’il s’est mal conduit ? D’après la juge oui. Et le fait que l’enfant ne s’autorise pas à sortir de sa chambre est vu comme la preuve que vraiment la contrainte exercée sur lui est excessive. Si je comprends bien, il faut que l’enfant se sente libre de désobéir ? Et dans ce cas les parents doivent-ils se résigner au fait que l’enfant n’a pas envie d’obéir ? Est-ce que les méthodes éducatives prônées par la juge sont les méthodes suivies par tous les parents ? Malgré tout le respect que les enseignants ont pour leurs élèves, je ne crois pas que les enseignants eux-mêmes apprécient qu’un enfant se promène librement dans la classe quand il n’y est pas autorisé. Puis-je citer à ce propos une méthode imaginée par la directrice de l’école pour mes garçons à la fin de la précédente année scolaire ? Un jour sur deux, ils étaient contraints de rester assis sur un banc pendant toute la grande récréation de la mi-journée. Ils étaient donc privés de leur liberté de mouvement dans la cour pour éviter des confrontations avec d’autres élèves. Nous avions été mis au courant par la directrice et nous avions accepté cette solution. Malheureusement cela n’avait pas empêché la poursuite de conflits et nous avions choisi de venir les chercher en fin de matinée et de les ramener pour la reprise des cours l’après-midi. Toute solution n’est-elle pas critiquable parce qu’imparfaite ? Nous a-t-on trouvés trop durs ? On peut toujours interpréter nos actions dans le sens le plus négatif.

A-t-on pensé que nous voulions couper nos enfants de l’extérieur ? La juge a également affirmé cela comme si c’était une réalité. N’est-ce pas encore une fois exagéré ? Nos enfants fréquentent une école publique : ils côtoient donc des enfants qui ne partagent pas nécessairement les mêmes idées ou les mêmes modes de vie. Ils sont allés plein de fois à des anniversaires de camarades depuis la maternelle. En revanche, il est vrai que ni moi ni ma femme n’étions très volontaires pour organiser des invitations et des animations chez nous. Nos enfants ont des activités extrascolaires, le catéchisme et l’aïkido où ils peuvent se faire des amis.

En ce qui concerne les jeux et leur liberté à la maison, les enfants sont loin d’être contraints. Ils ont un espace extérieur de plus d’un hectare où ils peuvent s’amuser comme ils le souhaitent : grimper aux arbres, courir, faire du vélo, de la trottinette, s’intéresser à toutes sortes d’animaux. À l’intérieur, ils adorent jouer aux Lego, faire des travaux manuels, comme les origamis, dans lesquels ils excellent. Ils peuvent également s’amuser à jouer sur un piano électronique ou jouer aux échecs. Notre fille a développé un certain talent pour le dessin. Les uns et les autres prennent régulièrement des initiatives pour exprimer leur créativité. En tout cela, je ne vois pas l’extrême contrainte que l’on ne cesse de nous décrire. S’agit-il en fait de juger si le verre est à moitié vide ou à moitié plein ? Les enfants peuvent se comparer entre eux et penser qu’ils en ont moins que les autres (jouets, vêtements, loisirs, sorties, etc.). Mais faut-il encourager une surenchère entre enfants ? Ne peut-on pas aussi transmettre à nos enfants que le bonheur ne passe pas que par la réalisation de tous leurs désirs ? Est-ce que de tels principes spirituels sont nécessairement négatifs et suspects ? Est-il encore possible de poser la question de l’être et de l’avoir et de chercher à privilégier le premier sur le second ? Il est possible que cela induise des frustrations chez les enfants mais alors beaucoup d’enfants de parents pauvres subissent par force des privations : faudrait-il juger tous ces parents indignes de ne pas tout offrir à leurs enfants ?

Que pouvais-je expliquer ou corriger après que la juge ait développé toutes les charges contre moi et aussi contre mon père et le groupe ?

Elle a également fait état notamment de séances d’humiliation des enfants où mon père et moi crions sur eux devant tout le groupe. Vraiment, je ne vois pas à quel évènement cela se réfère : j’aurais aimé qu’elle soit plus précise. Certaines accusations paraissent tellement fausses, déformées ou exagérées. Devant cela, on ne peut que rester bouche bée, bredouillant, assommé par une telle accumulation.

Par rapport à l’éducation que j’ai donnée à mes enfants, je reconnais être exigeant : je sais qu’il existe des éducations très libérales qui laissent la parole à l’enfant. Ce n’est pas ma philosophe ni celle qui m’a été transmise dans ma famille. Nous avons toujours incité nos enfants aux efforts, au dépassement de soi. Cependant nous avons depuis quelques mois introduit des allègements et des aménagements par rapport à la participation des enfants aux temps de prière. Si les enfants témoignent un désintérêt croissant pour la prière et mon mode de vie, notamment du fait du changement de mode de vie induit par leur mère, je le comprendrai et pourrai même convenir qu’une garde alternée à part égale n’est pas appropriée et qu’il vaudra mieux que les enfants passent la majeure partie du temps chez leur mère. Quelle qualité relationnelle peut-on avoir avec des personnes, y compris des membres d’une même famille, si l’on ne partage plus la même philosophie ? On me reproche d’être trop contraignant, on m’incite à laisser la liberté à mes enfants et on m’obligerait à maintenir des liens affectifs forts avec des personnes qui prendraient des distances avec moi ? De ce fait, on pourrait sous-entendre que j’exerce un chantage affectif ou une pression sur mes enfants. On s’appuie sur le fait que mon propre frère n’a plus de relations avec ses deux filles qui ont préféré vivre avec leur mère au moment de leur séparation. Est-ce que parce que nous souhaiterions que nos enfants soient en affinité de pensée avec nous, nous sommes nécessairement une secte ? N’y a-t-il pas de nombreux exemples dans la société où nous pouvons voir que des parents peuvent rompre les relations avec leurs enfants du fait du choix de vie de ces derniers ? Il me semble que cela peut survenir pour des questions religieuses : certaines traditions sont très sensibles au fait que l’on se marie exclusivement avec des membres d’une même communauté religieuse… C’est sans doute vrai dans le domaine politique. En réalité, on peut désapprouver un grand nombre de choses (profession, mode de vie, caractère…) en dehors de toute connotation sectaire.

J’ai fait part de mon étonnement à propos de l’état suicidaire de ma fille signalé par l’adjudante en charge de l’enquête, faisant valoir que ma fille est enjouée et volontaire pour la prière. À cela la juge a répondu que certains enfants sont rebelles mais que d’autres, en échange d’affection, sont prêts à satisfaire toutes les attentes de leurs parents, y compris à coucher avec eux. Quelles insinuations ! La juge a une façon très dure de nous renvoyer que nos enfants ne peuvent pas être partie prenante de leur plein gré. La juge affirme encore d’autorité que les enfants sont contraints à prier, même quand ils manifestent eux-mêmes ce désir. En fait, pour cette juge, nous ne pouvons qu’avoir tort.

Jeudi 15 février 2018, mon père, la mère de mon épouse et moi commençons une grève de la faim. Je n’ai visiblement aucun moyen d’être entendu. J’ai vécu le passage chez la juge comme un simulacre de justice puisque la juge a un avis qui n’est en rien modifiable. Et il n’y a aucune raison de penser que son jugement aura varié lors de la future audience, suite à la MJIE, puisque la MJIE ne va pas statuer sur notre groupe. Que faudrait-il ? Une véritable prise de connaissance du fonctionnement de ce groupe, que des gens se déplacent pour le connaitre et l’observer. Or jusqu’à présent, personne n’a pris la peine de le faire. On nous observe de « très » loin avec des idées préconçues sur le fonctionnement d’une secte que l’on projette sans précaution sur notre groupe. On dramatise les méthodes éducatives que j’utilise. On veut penser que mes enfants sont enfermés et subissent des séances de torture physique ou mentale. Parce qu’il y a quelques temps de prière et par moments des punitions, on pense qu’ils sont maltraités. Cette méthode s’appelle de la caricature : cela consiste à grossir délibérément certains détails. On ne voit pas l’ensemble des choses, les longs et fréquents moments de liberté de nos enfants, l’affection qu’ils reçoivent, comme si on ne pouvait pas envisager que sévérité et affection sont deux plateaux d’une même balance. Dans la Kabale, qui appartient à la tradition juive, l’arbre de vie ou séphirotique, comporte deux piliers, de la rigueur et de la miséricorde, entre lesquels les êtres humains évoluent.

 

Qu’est-ce qui m’est donc reproché ? D’user de corrections physiques, d’inciter mes enfants à prier et finalement de rendre mes enfants malheureux et même d’être responsable des comportements problématiques de mes garçons ?

Devrais-je avoir honte de l’autorité que j’exerce en tant que père de famille ? Que veut-on ? Une absence d’autorité, une liberté totale ? Pourquoi donc m’a-t-on convoqué tant de fois pour me signifier les débordements commis par mes enfants ? N’attendait-on pas de moi et de mon épouse de faire notre maximum pour que nos enfants respectent les règles ? Si j’utilise parfois des corrections physiques, suis-je nécessairement violent ? Que faire si les enfants testent régulièrement les limites ? Devrais-je défier les donneurs de leçon de prendre en charge mes garçons un certain temps ? Tous les adultes qui ont eu affaire à eux sont unanimes : ils sont très difficiles à gérer. Tous les ans, nous avons été convoqués par les enseignants, depuis la maternelle. Dès leur plus jeune âge, ils ont eu un caractère difficile et ils n’étaient pas corrigés. Il ne faudrait pas inverser la cause et les effets comme les donneurs de leçon ou psychologues improvisés, diplômés, voire experts voudraient le faire trop vite. Le domaine de la psychologie est-il vraiment scientifique ?

Certaines exigences sont-elles moins légitimes que d’autres ? La transmission d’une éducation religieuse serait-elle critiquée de manière sous-jacente ? Y a-t-il un problème en France avec les religions et le fait de croire en Dieu ? L’école ou la société ne peuvent pas m’interdire d’avoir la foi ou bien encore de vouloir la communiquer à mes enfants.

Je cite ci-dessous un extrait de Wikipédia sur la liberté de conscience :

En France, la liberté de conscience fait partie des Principes fondamentaux reconnus par les lois de la République (PFRLR), qui sont des principes dégagés par le Conseil constitutionnel français et par le Conseil d’État, qui figurent dans le bloc de constitutionnalité, elle recouvre notamment le droit de ne pas être croyant, la liberté de culte si on l’est, le droit de changer de religion ou de conviction, l’objection de conscience et le droit à l’éducation en accord avec ses convictions religieuses et philosophiques.

Elle découle :

  • de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

  • de l’article 1er de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 :

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »

  • de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme qui définit le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Cela comprend aussi la liberté de changer de religion ou de convictions, et de manifester sa religion ou ses convictions individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites et l’objection de conscience selon la jurisprudence de la cour.
  • de l’article 2 du premier protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l’homme permettant aux parents d’éduquer leurs enfants en accord avec leurs convictions religieuses et philosophiques.

La Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République parle de la liberté de conscience comme du « second pilier de la laïcité ».

Devrais-je laisser toute liberté à mes enfants, dès lors qu’il s’agirait de religion ? Je reconnais fort bien qu’on ne peut forcer un individu à croire ou à aimer Dieu. Mais, ne peut-on pas faire la part des choses et comprendre que, quelle que soit l’activité proposée à un enfant, l’incitation des parents est souvent requise à un moment ou un autre pour dépasser la paresse ou l’esprit d’opposition. N’en est-il pas ainsi même pour les activités scolaires ou extrascolaires ?

Enfin, les souffrances d’un enfant sont-elles nécessairement le signe d’une maltraitance ? Si un enfant exprime sa détresse parce que ses parents se séparent, cela rend-il les parents coupables de mauvais traitements ?

Et puisqu’on parle de maltraitance, que dire de la situation actuelle de mes enfants entendus plusieurs heures à la gendarmerie à deux reprises, qui sont interrogés sur le comportement de leur père, dont ils comprennent qu’il est critiqué, qui peuvent craindre de rendre leur père indigne d’exercer sa fonction, qui sont désormais privés de leur père par décision d’un juge pour une période indéterminée.

A-t-on demandé à mes enfants leurs sentiments ? À part les corrections physiques ou les contraintes éducatives que l’on grossit démesurément, leur a-t-on au moins demandé s’ils recevaient aussi de l’amour ?

Voici une lettre que mes enfants ont l’intention d’envoyer à la juge :

« Madame la juge,

Après cette décision prise, nous tenons à vous dire que cela nous perturbe plus que tout au monde.

Vous ne pouvez pas savoir à quel point nous sommes tristes. L’autre jour quand vous nous avez « entendus », nous n’avons pas eu le sentiment d’avoir été écoutés.

Notre père nous manque cruellement et nous sommes très déçus de ne pouvoir le voir qu’une seule fois toutes les deux semaines, en plus dans un lieu que l’on ne connait pas.

Vous dites vouloir nous protéger mais votre décision nous fait plus de mal (Vous faites plus de mal que de bien !).

Nous espérons que vous nous avez compris et que vous nous permettrez de revoir notre père et notre famille.

Au revoir. »

Bien entendu, on pourra dire que je suis à l’origine de cette lettre, que j’ai fait pression sur mes enfants et que de toute manière, même si c’est vraiment les enfants qui l’ont rédigée, ils sont tellement influencés par leur père, qu’ils sont prêts à retourner avec lui. J’oserais dire que cette manière de penser est presque diabolique ! Malheureusement, il semblerait que de nombreuses familles subissent le même cauchemar en France et sont impuissants pour se défendre face à un rouleau-compresseur que représente la Protection de l’enfance.

Désormais mes enfants sont confiés à la garde exclusive de leur mère, qui peut se sentir bien seule pour exercer pleinement une autorité, déjà si difficile à exercer à deux ? On se retrouve désormais dans une situation ubuesque où mon épouse doit m’appeler par téléphone pour l’aider à exercer une autorité. Va-t-on en arriver à juger qu’elle aussi n’est pas digne d’être leur mère ? Je prie pour que cela n’arrive pas. Que veut-on ? Détruire ma famille ? Envoyer mes enfants en foyer ou en famille d’accueil ? S’il vous plaît, laissez-nous tranquilles et tout se passera beaucoup mieux.

Quelle est cette école qui aurait tout pouvoir pour juger des parents ? Combien de fois nous parents n’avons-nous pas déploré un certain laxisme au sein de l’école, que les enfants soient trop livrés à eux-mêmes lors de longues récréations sans véritable surveillance, durant lesquelles de nombreux débordements ont lieu. Les enfants ne sont pas protégés contre leur propre violence. Et ces enseignants se croiraient tellement sûrs de pouvoir juger que des parents sont indignes de s’occuper de leurs enfants. N’est-ce pas une forme d’arrogance souvent constatée chez les enseignants, celle qui consiste à se croire plus qualifiés que les autres en matière d’éducation ? Les parents seraient-ils réduits à un statut d’élèves ? L’éducation nationale porte-elle bien son nom ? N’y a-t-il pas une ambigüité entretenue ? Les enseignants sont-ils vraiment des éducateurs ? Pour moi ils ne le sont pas assez, cela ne me dérangerait pas qu’ils le soient un peu plus pendant les périodes scolaires. Mais ils ne doivent pas se substituer aux premiers éducateurs que sont les parents et les empêcher d’exercer leur rôle. Les enseignants ont perdu au fil des décennies beaucoup d’autorité. Certains le regrettent mais peut-être simultanément se font-ils les champions d’une philosophie qui voudrait accorder toute considération à l’enfant. Tout cela est nourri par de beaux idéaux mais en pratique, l’enfant jouit d’une liberté de plus en plus grande et respecte de moins en moins les adultes. De cela, les enseignants ne sont pas les seuls coupables. Toute la société est coupable et les parents eux-mêmes qui ne supportent pas que les enseignants puissent exercer une autorité sur leurs enfants qui sont le prolongement d’eux-mêmes. Dans ces conditions, parents et enseignants ne sont plus solidaires et ne se respectent plus. Chacun voudrait-il empêcher l’autre d’exister ? Cela ne conduit-il pas à une paralysie réciproque qui fait que l’enfant devient le maitre aussi bien à l’école qu’à la maison ?

Quel est ce pays, qui se targue de liberté et de démocratie, qui se permet de s’immiscer à ce point dans la vie des individus ? Je reconnais bien entendu que certains gardes fous sont nécessaires à la protection des individus mais attention à ne pas faire de la protection une tyrannie qui infantilise tous les citoyens et les place sous le joug de la société. S’il n’y a plus de père, s’il n’y a plus l’incarnation de l’autorité, de la force, mais aussi de la sécurité dans la famille, ne sera-ce pas de plus en plus à la société de prendre le relai ? Croit-on à une société utopique où il n’y aurait plus besoin de la force ? Dans ce cas, à quoi servent la police, les gendarmes ou les armées ? N’est-ce pas un comble qu’un père soit jugé ou discrédité par l’entremise des gendarmes qui représentent l’autorité et la force dans la société ? La société n’est-elle pas en train de se saborder ?

N’est-on pas en train de vouloir éliminer tout ce qui a trait de près ou de loin aux attributs masculins ou paternels ? Faudrait-il que les valeurs féministes soient désormais la seule norme ? Les hommes et les pères peuvent ressentir de plus en plus une certaine haine à leur égard, qui s’apparente aussi à une forme de violence, bien qu’elle ne soit pas physique. Quoi qu’en pensent certains, cette société ne deviendra pas pacifique parce que l’on s’abstiendra d’utiliser des corrections physiques. La violence se manifeste tout autant par les émotions et les dramatisations qui ne sont pas étrangères au genre féminin.

J’ai bien conscience qu’en m’exprimant ainsi, je ne vais pas attirer beaucoup de sympathie d’une bonne moitié de mes lecteurs. Veuillez m’excuser de ne pas tenir des propos lisses et consensuels. Il me semble que nous subissons énormément de pression de la part de la société pour nous inciter à rentrer dans un certain moule. Il pourrait s’agir d’un certain endoctrinement – bien qu’il ne s’agisse pas d’une religion – à moins que l’on puisse nommer cela une religion d’état, le laïcisme notamment et le féminisme de plus en plus, qui ne se contente pas de revendiquer la pleine expression des femmes, mais qui voudrait ôter aux hommes et aux pères toute leur spécificité essentielle, comme si tout n’était qu’une question de conditionnement culturel.

Est-il encore temps d’appeler notre société à un réveil ? Ou bien est-il trop tard ? Sommes-nous une majorité trop silencieuse ? Qui se laisse tout doucement endormir par l’illusion de la consommation et de la satisfaction de ses désirs et qui bientôt sera contrainte par toute sorte d’intrusions dans la liberté de conscience ou de pensée ? Ne serait-ce pas le Meilleur des mondes ?

Si vous aussi vous vous inquiétez de la direction prise par notre société, qui voudrait de plus en plus nous contrôler au nom de notre bonheur, je vous demande de vous manifester et de m’apporter votre soutien.

Olivier JACQUET