Lettre ouverte de Léa Calleau

Lettre ouverte aux grenouilles qui se laissent tranquillement ébouillanter

version revue le 3 juin 2018

Je m’appelle Léa Calleau, j’ai 23 ans et je suis membre de l’Association GIROLLE. Les évènements qui se produisent actuellement touchent le centre, le cœur de ma vie. C’est pourquoi je souhaite apporter un témoignage.

Nos détracteurs m’autorisent-ils à parler ? Ne suis-je pas réduite au silence par mon appartenance au groupe GIROLLE depuis mon plus jeune âge ? Diraient-ils que j’appartiens aux « jeunesses girolliennes » ? N’est-il pas inquiétant que des citoyens soient réduits au silence ?

Je croyais que ces situations d’injustice n’arrivaient que dans les fictions ou dans d’autres pays. Je pensais d’ailleurs que je vivais dans un des pays les plus justes au monde : la France, une démocratie qui se dit « pays des droits de l’Homme », où il n’y a pas de guerre, où la perspective même de guerre semble abolie, où les femmes peuvent travailler, où les enfants vont à l’école, où la presse est libre, où rien ne manque… C’est peut-être la plus grande illusion de croire que nous sommes à l’abri de formes de totalitarisme quand la pensée dominante se fait l’unique juge de toutes les pensées violentes, discriminantes ou intolérantes. Cette pensée dominante finit par définir ce qui est violent, discriminant et intolérable. C’est cette pensée qui nous accuse.

Connaissez-vous le film de Sidney Lumet : Douze hommes en colère ? C’est l’histoire d’un jury de douze hommes qui doivent statuer, à l’unanimité, sur le sort d’un jeune homme qui est accusé d’avoir tué son père. Sur les douze, onze le pensent coupables. Ils veulent vite en finir pour retourner à leurs occupations. Pour eux, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Ils ont entendu toutes les charges retenues contre l’accusé et elles les ont convaincus. Ils expriment aussi leur préjugé : c’est un jeune qui devait mal tourner, vu d’où il vient, ce n’est pas étonnant. Un seul juré va à l’encontre des autres. Dans un discours très finement argumenté, il démonte toutes les preuves et réussit à faire changer d’avis les autres jurés au bout d’un long bras de fer intellectuel et psychologique. Le jeune homme est finalement innocenté.

Le parallèle est intéressant avec notre situation. Tous ceux qui entendraient les charges retenues contre Olivier Jacquet penseraient qu’il y a quand même quelque chose de louche. Quand même… D’autant plus s’ils entendent deux mots : maltraitance et secte. Son procès est déjà fait. Face à l’opinion publique qui bondit à l’écoute de ces mots, nous avons un dur travail à réaliser pour changer la donne. Nous devons porter une réflexion sur la maltraitance, qui devient un mot passe partout. Tout est maltraitance et donc tout le monde est victime. Nous devons aussi porter une réflexion sur les groupes spirituels minoritaires. Sont-ils tous des sectes ? Les vidéos de Raphaël Liogier, Maître Florand et Anne Morelli apportent des éléments de réponse (voir CICNS). On y découvre aussi des témoignages de personnes qui ont été victimes d’injustice uniquement parce qu’elles appartenaient à des groupes spirituels nouveaux. Sommes-nous des hors-la-loi ? Même les assassins, les violeurs et les terroristes ont droit à des procès et à un contradictoire. Comment pouvons-nous devenir la chienlit de l’humanité en ayant des croyances différentes de la majorité ?

Témoignage sur la famille Jacquet

La famille Jacquet représente un idéal familial en voie de disparition. André et son épouse forment un couple où chacun a un rôle qui complète celui de l’autre. Les mots qu’ils m’inspirent sont tendresse et unité. Avec les enfants du groupe, cette famille (André, son épouse et leurs fils, Philippe et Olivier) a toujours témoigné de l’attention et de la bienveillance, tout en nous encourageant à faire des efforts pour nous dépasser. Je me souviens d’une scène quand j’étais enfant, j’avais du mal à manger des carottes à la béchamel et ils chantaient pour m’encourager.

Quand je suis revenue dans le groupe après une pause, je me suis rapprochée de la famille Jacquet. Je venais manger régulièrement chez eux. Maintenant, j’y passe tous mes weekends et les vacances d’été. J’y trouve ce qui n’existe pas ailleurs, à ma connaissance : une réelle écoute, une profondeur dans les échanges et dans la relation, de la discipline pour maintenir le but en vue, de l’humour pour ne pas se laisser aller à la gravité et à la dramatisation. Ils mènent leur vie avec une droiture exemplaire. Rien n’est remis au lendemain. Les échanges portent sur tous les sujets : la science (mathématiques, physique, biologie, mécanique), la philosophie (orientale, occidentale), la spiritualité (christianisme, ésotérisme, Rose-Croix, Martinisme, Bouddhisme), la psychologie (les déterminismes masculins, féminins, astrologiques, sociaux), le français (expressions, fables, citations…), l’actualité (politique, économique, culturelle) et j’en passe.

Quand je suis là-bas, la télévision est souvent allumée au moment des repas pour voir les informations, les vêpres, des concerts de musique classique, des émissions scientifiques, des humoristes, des pièces de théâtre et plus rarement des films. C’est André qui change de chaines et il ne s’attarde pas sur des scènes où l’on peut voir de la violence ou des rapports sexuels. Les enfants demandaient souvent « Papi, tu peux laisser ? » quand il zappait sur un dessin animé ou un documentaire animalier. Il laissait parfois.

J’ai été la babysitteur des enfants de Claire et Olivier pendant six ans, à raison d’un à deux soirs par mois. Isabelle a toujours été une petite fille pleine de joie et affectueuse. Je ne me souviens pas avoir été témoin de corrections données par son père. La principale remarque qui lui était faite, c’est que son rire n’était pas toujours vrai, et qu’elle serait plus honnête si elle exprimait de la tristesse. Elle m’a souvent impressionnée par la douceur de son caractère. Elle exprime une affection débordante à sa famille et elle porte une belle foi dans son cœur.

Gabriel et Mickaël sont des enfants bien plus difficiles à apprivoiser. Ils sont curieux et posent toutes les questions qui leur passent par la tête. Initiés par leur père à dépasser la peur des insectes et autres bêtes des bois, ils ont cultivé un amour peu commun pour les araignées et les crapauds ! J’ai été témoin des « méthodes éducatives » employées par leur père, Olivier. J’en présente une sorte de reconstitution.

Situation n°1

Toute la famille est assise sur les canapés en attendant que le repas soit prêt. Les adultes échangent. Gabriel et Mickaël font des allers retours entre les canapés et la cuisine en se poursuivant, en criant, en gesticulant et en faisant tous les bruitages et les grimaces possibles. Olivier leur demande de venir s’assoir, ce qu’ils font lentement et en continuant, une fois assis, à se lancer des méchancetés ou à ricaner.

Situation n°2

Au moment de se mettre à table, ils contestent tous deux la place qui leur a été attribués. Ils s’en prennent à leur sœur, se bousculent et veulent changer les serviettes jusqu’à ce qu’un de leurs parents intervienne et répète pour la énième fois l’ordre des places.

Situation n°3

Nous sommes à table. Il y a des échanges entre adultes. Parfois, les enfants interviennent pour raconter quelque chose et ils sont écoutés. Le repas dure un peu. Gabriel et Mickaël commencent à s’envoyer des boulettes de pain, à se donner des coups de pieds sous la table et à rire si fort qu’ils couvrent la discussion.

À ce moment, Olivier tire l’oreille de celui qui est assis à côté de lui et envoie chacun à un coin de la pièce. Ils y vont en pleurant et nous les entendons sangloter… trente secondes. Puis ils se retournent vers la table et si les adultes font de l’humour au cours de leur conversation, ils éclatent de rire. Ont-ils vraiment compris qu’ils étaient punis ?

Cela se produisait quotidiennement : gesticulations, grimaces, bruitages, toc, modification du ton de la voix, insolence, destruction d’objets, utilisation d’outils de jardin alors qu’ils en étaient interdits, traversée de la route à vélo sans regarder alors qu’ils ont été maintes fois prévenus du danger, regard noir, ricanement…

Je me souviens de la première fois où je les ai gardés. Je les surveillais comme le lait sur le feu et ils ne se déplaçaient alors qu’à quatre pattes. Quelle est la cause ? Est-ce qu’ils priaient à un an, deux ans ? Non et ils ont été dès le début très difficiles.

Quand l’un d’eux a uriné depuis une chaise de bureau que l’autre faisait tourner, est-ce qu’ils ont enfreint une règle très rigoureuse et impossible à respecter ?

Quand ils ont, certes sans faire exprès, fait tomber des cocons de guêpes dans un sèche-cheveux (allumé), est-ce qu’ils ont enfreint une règle très rigoureuse et impossible à respecter ?

Quand ils ont enfermé des crapauds dans des regards, est-ce qu’ils ont enfreint une règle très rigoureuse et impossible à respecter ?

Heureusement qu’ils ont un père comme Olivier. Heureusement ! Et c’est malheureux qu’ils en soient privés. Qui peut les éduquer ? Celui qui se sent prêt, qu’il les prenne un jour !

Il semblerait qu’il y ait confusion entre l’éducation qu’un père doit donner à ses enfants et parallèlement, ce qu’il transmet dans cette éducation au niveau spirituel. Qu’Olivier soit croyant ou non, ses fils ont besoin de lui. Ils ont besoin d’un père fort, même s’ils n’en sont pas encore conscients. Ils pourront le remercier plus tard, comme d’autres ont fait avant eux.

Bien que leur caractère soit difficile, j’étais heureuse de les garder, de rire avec eux et de les voir grandir.

J’ai été une des animatrices du Groupe Espérance, un samedi sur deux, de dix heures à onze heures, le matin. Les membres de ce groupe étaient les enfants Jacquet. Nous avons mené les activités en suivant leurs propositions : construction d’une roue du zodiaque, fabrication des tables de la Loi (Dix Commandements), visionnage du film Jésus de Nazareth, lecture du livre de Job, étude de la hiérarchie des Anges etc.

Gabriel et Mickaël n’ont plus participé au groupe à partir du 25 novembre 2017. Leur excitation habituelle rendait l’animation difficile. Ils n’exprimaient plus de motivation. Isabelle a voulu continuer et elle avait commencé à élaborer un arbre schématique sur les concepts spirituels.

Témoignage sur Girolle

À six ans et demi, j’ai participé au Groupe d’Éveil à la Lumière avec deux autres enfants de membres du Groupe. Je venais donc avec mes parents tous les quinze jours pour « apprendre des choses que l’on ne peut pas apprendre ailleurs » comme je l’ai exprimé dès les premières rencontres. Quelles choses ? La prière, la méditation, la découverte des grandes religions, l’écoute, la réflexion, l’observation de ses pensées et de ses émotions… N’est-ce pas ce qui est promu actuellement dans la formation des enseignants ? Pratiquer la relaxation et la méditation, être attentif à la manière de penser des élèves, à leurs émotions, les ouvrir au monde, leur permettre de développer un esprit critique et une prudence dans la pensée.

Le samedi était mon jour préféré car j’y retrouvais des enfants qui n’allaient pas se moquer de moi comme à l’école, qui étaient plus sérieux et les animatrices nous parlaient de l’Amour de Dieu, de sa Lumière et d’autres merveilles qui répondaient à une aspiration profonde.

Il y a eu aussi de ma part des bouderies et des caprices, des jalousies et de la paresse, mais j’ai toujours été invitée à m’exprimer et à réfléchir à mes réelles motivations. Les groupes d’éveil ont évolué. Nous avons grandi. À l’âge de douze ans, nous avons pu intégrer le groupe des « grands » pendant une partie des rencontres. Avant cela, je n’avais eu que des aperçus à travers les rencontres de Noël qui étaient des moments de joie et de beauté. Nous préparions des chants et des textes pour cette fête. Ce sont mes souvenirs d’enfance les plus joyeux. Pour d’autres, ce sont des vacances ou des voyages. Cette démarche de groupe a fait partie de mon éducation et m’a construite.

L’idée que le groupe puisse être détruit par la justice me rend profondément triste. Nos détracteurs diront que c’est normal, que j’ai été manipulée depuis tant d’années que je ne connais rien d’autre que le groupe. Je connais suffisamment le monde et je n’en veux pas.

En dehors des samedis de groupe, j’ai été scolarisée dans une école publique, puis un collège public et enfin un lycée public avant d’aller à l’université pour faire une licence, puis une année de formation d’éducateur spécialisé que j’ai finalement arrêtée. Je suis actuellement en formation pour devenir professeur des écoles.

Mes sœurs aînées n’ont pas poursuivi l’activité du groupe. Avec mes parents, j’ai eu des vacances, des loisirs (la musique et la danse). Adolescente, j’ai fait la fête, j’ai porté des minijupes et des talons, je me suis maquillée, j’ai eu des amourettes. Progressivement, un désintérêt croissant pour ces choses-là m’a amené à augmenter les temps de méditation jusqu’à méditer davantage que mes parents. À dix-huit ans, le responsable du groupe, André Jacquet, m’a demandé de faire une pause. C’est-à-dire que je ne venais plus aux rencontres pour un temps indéterminé jusqu’à ce que j’exprime moi-même le désir de revenir et avec force. Je devais choisir entre une vie normale et une vie consacrée. Avant, je venais dans le groupe parce que mes parents m’y avaient amenée. Dorénavant, je ne devais y revenir que de mon plein gré. J’ai formulé ce vœu fin 2013 et j’ai repris le travail de groupe par les méditations de Pleine Lune, puis les rencontres bimensuelles. Et je suis toujours en probation. Je ne suis pas un membre pleinement engagé. Consacrer sa vie à Dieu n’est pas un engagement léger. Dans de nombreux ordres religieux, les aspirants disposent de plusieurs années avant de prononcer leurs vœux définitifs. Quand je demanderai à rentrer dans le groupe, André pourra refuser. Ce n’est pas automatique. Par rapport à André, j’ai entendu dire par la juge qu’il avait beaucoup de pouvoir. Son pouvoir, c’est d’être un témoin de sa vie intérieure. Il nous guide dans notre chemin vers Dieu. Il ne vit que pour ça. Si nous ne voulons pas aller vers Dieu, il n’a plus rien à nous dire et nous partons. Si nous voulons cheminer, cela implique de transformer notre caractère, dépasser nos émotions et développer une pensée rationnelle et scientifique pour entrer en relation avec notre âme. La lecture, la méditation, la prière, l’autoanalyse et la correction fraternelle sont les moyens d’y parvenir.

Quelles raisons me motivent pour poursuivre la démarche aujourd’hui ? J’aspire à un dépassement radical de ma personnalité, à découvrir les réalités spirituelles et à servir Dieu. La vie dans le monde m’ennuie. Les relations sociales m’ennuient. Si je retire une chose de tous ces évènements, c’est bien que fonder une famille unie dans la spiritualité n’est plus possible au XXIe siècle. À moins de recevoir un signe très fort, de rencontrer un homme déterminé, je resterais célibataire et je n’aurais pas d’enfant.

Une génération endormie

Je fais partie d’une génération endormie. Très tôt, il m’est apparu d’être en décalage avec les jeunes de mon âge. Je préférais la compagnie des adultes. Au collège et au lycée, c’est la moquerie et la méchanceté qui règnent, ainsi qu’une paresse qui tire tout le monde vers le bas. Ceux qui aiment réfléchir et interagir avec les enseignants sont ridiculisés ou jugés « bizarres ».

Nous sommes endormis par des divertissements en tout genre : télévision, séries, réseaux sociaux, jeux vidéo, salle de sport, sorties, soirées, drogues, sexe… Nos désirs sont exacerbés et notre esprit mis en veilleuse. Ceux qui dorment ne cherchent pas la lumière. Pour avoir un sommeil profond, il faut se plonger dans le noir. Pour ceux encore qui auraient la velléité de réfléchir, tout est déjà prêt. Les idées sont prêtes, sur un plateau service. Il n’y a plus qu’à se servir pour brandir des mots sans analyser leur sens réel : « Liberté ! Égalité ! Laïcité ! ». La Fraternité est moins servie. Nous sommes très gourmands de liberté, de tolérance, mais pas de fraternité, ni de sagesse.

Plus rares sont ceux qui ne se satisfont pas de la pensée commune qui balaye l’inconscient collectif, et qui se mettent en quête de la vérité. C’est l’effort que nous essayons de mettre en place dans la démarche. Je dis bien que nous essayons car cela demande de nombreux efforts répétés pour ne pas être pris au piège des illusions de ce monde matérialiste et individualiste, de ces idées bienpensantes exprimées avec des tons doucereux.

Je n’ai pas échappé à beaucoup des divertissements qui endorment ma génération. Je ne dis pas que les membres de GIROLLE sont les seules personnes qui mènent une recherche intellectuelle approfondie. Je ne cherche pas à caricaturer la jeunesse. C’est plutôt un appel à la vigilance. Si nous sommes mous et faibles, nous sommes vulnérables. Si nous sommes égoïstes et orgueilleux, nous sommes perdus. Face à l’injustice, choisissons-nous l’indifférence ou le combat ?

Les tendances éducatives actuelles dans la société

Au cours de mes études, je me suis intéressée à différents courants pédagogiques. Pendant un certain temps, j’ai été attirée par la pédagogie positive. Ses différents partisans comme C. Guéguen, I. Filiozat ou C. Alvarez prônent la bienveillance, l’écoute des besoins de l’enfant et une communication non violente. Des idées qui paraissent positives, au moins en apparence, et qui sont très en vogue actuellement.

Première idée : la relation entre l’adulte et l’enfant doit être envisagée dans un rapport horizontal. La verticalité de l’adulte sur l’enfant ne permet pas à l’enfant d’oser et d’explorer librement son environnement.

Dans cette vision de l’éducation, l’adulte n’est pas vu dans son rôle d’éducateur, voire d’initiateur, mais comme celui qui freine toute spontanéité chez l’enfant. N’est-ce pas le mettre en danger que de le laisser trop libre ? Peut-on enseigner à l’enfant la nature des dangers qui l’entourent ? Certains visibles et évidents comme la prise électrique, d’autres moins perceptibles à sa compréhension.

En remettant en cause le rapport vertical entre l’adulte et l’enfant, ne dépossède-t-on pas l’adulte de son autorité ? Quelle place est réservée à l’enfant s’il devient l’égal de l’adulte ? Quelle est la juste place de l’enfant ? Ne risque-t-on pas d’en faire un enfant roi ? Lorsqu’il sera confronté aux lois de la société, saura-t-il s’y conformer ?

Deuxième idée : des études récentes issues des neurosciences cognitives, affectives et sociales auraient prouvé que seule une attitude empathique et bienveillante avec les jeunes enfants permet un bon développement du cerveau et donc un plein épanouissement de la personnalité. Sinon, l’enfant est stressé => son cortex orbito-frontal ne se développe pas bien => il ne peut pas gérer ses émotions => il est encore plus réprimandé et cela entraine un cercle vicieux => les risques à l’âge adulte sont : la délinquance, l’agressivité, les troubles de la personnalité, la dépression, l’addiction, etc.

Quels sont les critères pour déterminer si une attitude est empathique et bienveillante ? La communication non violente est citée en exemple, ainsi que d’autres méthodes, pour apprendre une nouvelle manière de parler, qui n’est pas toujours très naturelle. Il ne me semble pas que parler en chuchotant et en souriant soit l’assurance d’une sincère bienveillance. Ensuite, même si je reconnais qu’une réelle bienveillance soit essentielle pour éduquer un enfant, je pense qu’elle peut emprunter différents modes d’expression. La bienveillance est souvent comprise comme de la gentillesse. Bienveillance signifie vouloir le bien. En cherchant le bien d’un enfant, est-ce que cela passe toujours par une façon stéréotypée d’interagir avec lui ?

Et si nous étions tous réellement gentils avec les enfants, seraient-ils pour autant épanouis ? Un enfant peut-il être épanoui alors qu’il grandit et découvre le monde, qu’il est traversé par des émotions et des désirs, qu’il se met parfois en danger ? L’enfant est-il un être fondamentalement bon, tel que le voyait Rousseau, et c’est l’adulte qui le pervertit ? ou bien a-t-il besoin d’un adulte pour connaître des limites à ses mouvements physiques, émotionnels et même à ses pensées ? Pour connaître les limites, l’enfant doit obéir à l’adulte qui les a découvertes avant lui. Quand il ne veut pas obéir, l’adulte pose une sanction. Qui juge la sanction sévère ? Et cela ne dépend-il pas des enfants ? Tel enfant va arrêter son action dès le premier regard, tel autre enfant va avoir besoin qu’on le regarde, qu’on le reprenne, puis qu’on intervienne plusieurs fois. Aujourd’hui, la pédagogie positive induit le fait qu’il n’y plus d’enfant désobéissant, il n’y a que des adultes incompétents. Pour les enfants qui ont besoin de plus de rigueur, on interprète leurs comportements déviants comme des conséquences de la discipline exercée sur eux. L’interprétation inverse la cause et l’effet.

La majorité des éducateurs exige des enfants qu’ils ne se mettent pas en danger et qu’ils aient un minimum de savoir-vivre (et encore, c’est peut-être déjà trop demander). Est-ce interdit d’attendre davantage d’un enfant ? Peut-on demander à un enfant de dépasser ses peurs ? de relativiser ses désirs ? Quand des parents veulent lui transmettre des valeurs, cela n’implique-t-il pas une certaine exigence ? Est-ce qu’ils doivent être neutres comme l’État quand ils éduquent leurs enfants ? Les enfants peuvent-ils sélectionner les moments où ils vont respecter une demande et les moments où ils peuvent la transgresser ? Quand tout devient négociable, c’est que l’obéissance est peut-être devenue ringarde. Simone Weil (la philosophe), dans son ouvrage L’enracinement (1949), dit que « L’obéissance est un besoin vital de l’âme humaine. Elle est de deux espèces : obéissance à des règles établies et obéissance à des êtres humains regardés comme des chefs. Elle suppose le consentement, non pas à l’égard de chacun des ordres reçus, mais un consentement accordé une fois pour toutes, sous la seule réserve, le cas échéant, des exigences de la conscience. » L’adulte est-il encore un chef aux yeux des enfants ? Quel modèle incarne-t-il ? Est-ce que les adultes agissent de manière à favoriser l’ordre ? Ou préfèrent-ils obéir à leurs pulsions pour vivre des désordres socialement acceptables ? Si l’adulte n’a pas d’exigence envers lui-même, il supprime petit à petit toute exigence envers les enfants. Pour légitimer son envie de faire ce qu’il lui plaît, il élabore une théorie visant à légitimer la liberté dès le plus jeune âge.

N’est-il pas risqué de s’appuyer sur une science nouvelle pour en dégager des pistes soi-disant irréfutables en termes de pédagogie ? Comment peut-on affirmer avec une certitude scientifique que toute expression de force traumatise un enfant au point qu’il finira en échec scolaire, drogué et dépressif ?

En laissant faire les enfants, dans le but hypocrite de les protéger, ces partisans du positivisme vont construire une société ultra-protectrice, tel un utérus géant, qui permettra de vivre sans efforts et sans dépassement de soi. Ceux qui pensent qu’il y a autre chose à faire dans ce monde que consommer et qui ne souhaitent pas faire de leurs enfants des consommateurs, seront sanctionnés.

Troisième idée : toute correction physique traumatise l’enfant et devrait être interdite.

Comment s’opposer à cela en revendiquant le fait de corriger physiquement ses enfants ? Pour le philosophe Emmanuel Jaffelin, l’enfant a besoin de sentir une limite physique. Il vit essentiellement par son corps. L’abstraction n’est pas le propre de l’enfant. Il bouge, il parle, il crie, il pleure… L’éducateur a différentes manières de faire sentir à l’enfant qu’il a dépassé la limite. Une de ces manières est la force. Elle n’est pas toujours employée par épuisement ou impuissance. Elle n’est pas propre à une certaine catégorie économique et sociale de la population. C’est un moyen d’éduquer. La question qui se pose ensuite, c’est jusqu’où utiliser la force ? À partir de quand survient la maltraitance ? Pour poser la question autrement, quand est-ce que l’éducateur agit d’une manière destructrice sur l’enfant de telle façon que celui-ci ne pourra pas se développer sainement ? Quels critères, quels juges ? Qui sont ces personnes qui voient de la maltraitance partout ? Qui sont ces personnes qui se positionnent en défenseurs de l’éducation-comme-il-le-faut ? Majoritairement des femmes.

La place de l’homme et de la femme dans l’éducation

 Dans les professions exercées auprès des enfants, on observe ce pourcentage de femmes :

  • Assistante maternelle : 99,5%
  • Éducateur de jeunes enfants : 97%
  • Infirmière puéricultrice : 98,9%
  • Pédiatre : 64%
  • Enseignant en maternelle : 97,6%
  • Enseignant en primaire : 83,6% (91% dans le privé)
  • ATSEM : 99%
  • Babysitteur : 97%
  • Juge pour enfants : 76%
  • Sage-femme : 99%

Cela pose question sur la place des hommes dans l’éducation des nouvelles générations.

Le combat des femmes pour l’égalité devient-il une prise de pouvoir ? Avant même que des tendances féministes ne se manifestent, des lois ont visé progressivement à supprimer l’autorité du père :

  • 1889 : loi qui prévoit la déchéance de la puissance paternelle en cas de sévices sur les enfants ou d’abandon moral. Elle limite la prérogative liée à l’autorité paternelle.
  • 1898 : loi qui vise à réprimer les crimes et délits commis sur des enfants. Peine sévère à l’encontre de pères maltraitants. Naissance de l’enfant victime.
  • 1935 : décret du 30 octobre supprime le droit de correction paternelle, c’est-à-dire la possibilité pour le père de faire interner ses enfants lorsque son autorité est bafouée, la paix familiale compromise ou lors de graves sujets de mécontentement.
  • 1938 : abolition de la puissance maritale.
  • 1942 : association de la femme à la direction de la famille.
  • 1958 : ordonnance du 23 décembre met définitivement fin à ce qu’il reste de la correction paternelle. La loi ne distingue plus entre l’enfant malheureux et l’enfant indocile ; tous deux peuvent bénéficier de mesures d’assistance éducative.
  • 1970 : loi du 4 juin, suppression de la notion de chef de famille au profit de l’autorité parentale conjointe.

Ces lois sont ce qu’elles sont et je ne prône pas un retour en arrière. Elles révèlent un changement de société. Jusqu’où ? Avons-nous, les femmes, besoin de nous venger en prenant le monopole de l’éducation ? Allons-nous nous battre contre les hommes jusqu’à devenir cruelles ? Aspirons-nous vraiment à la douceur et à la paix ? Ne sommes-nous pas pourvues d’une terrible violence, qui se manifeste en détruisant l’autre dans notre cœur et par notre langue, après l’avoir séduit ?

Je prie pour la réconciliation entre les hommes et les femmes.

Je prie pour qu’une plus grande justice se manifeste sur terre.

Je prie pour être toujours libre de prier.