Lettre ouverte de Henri Denet

Je m’appelle Henri DENET. J’ai 76 ans. Je suis retraité d’une société de Service du Bâtiment que j’ai rejoint après l’obtention d’un diplôme d’ingénieur de l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Strasbourg (devenue INSA) Spécialité Bâtiments et Travaux Publics. Je suis né d’un père instituteur. Il a adhéré au parti communiste juste après la seconde guerre mondiale par admiration pour le courage des membres de ce parti dans la lutte contre l’envahisseur et aussi par réaction contre les prises de positions de certaines personnalités pendant la guerre et contre l’attitude du Vatican qui lui a paru ambiguë vis-à-vis du régime Hitlérien.

Nous avons été élevés, mes deux sœurs et moi, dans l’ambiance militante d’une famille sans relations avec les parents de nos camarades d’école et de jeu. Nous nous sentions marginaux dans une société en reconstruction dans laquelle il était difficile de vivre avec un seul salaire de fonctionnaire. J’ai eu très tôt l’impression de ne pas être le bienvenu dans cette société. Je n’ai retiré de mon éducation initiale que les notions de politesse, de propreté sur soi, d’honnêteté, de respect des institutions. Rien ou presque sur le savoir être et encore moins sur les questions fondamentales que je me posais sur le « Pourquoi et le Comment de l’Homme ? » avec pour seule réponse que le hasard fait bien les choses… et cela ne m’a jamais satisfait !

C’est au cours d’une démarche relative à l’orientation des deux plus jeunes de nos enfants, que nous avons contacté, dans un premier temps l’associé d’André Jacquet, puis André Jacquet lui-même car rien de significatif n’avait pu être établi pour l’orientation de mon fils. Dès les premiers entretiens André Jacquet a rapidement posé un diagnostic. Les premières dispositions qu’il m’a encouragé à définir et mettre en œuvre ne concernaient que moi. Elles ont tout de suite apaisé mon fils qui a pris une orientation d’une manière plus positive et a obtenu un BTS.

Les problèmes de mon fils étaient étroitement liés aux miens et à mes comportements. J’ai pris alors conscience du vide de mon éducation, du « formatage » dont a été fait mon enfance, de mon incapacité à gérer un tant soit peu mes émotions. J’étais une personnalité égocentrique, facilement coléreuse, souvent rebelle et quelque fois agressive tout en ressentant au fond de moi une profonde aspiration à la sérénité, la bienveillance et la solidarité qui probablement traduisaient un désir d’être aimé.

En 1987, à la suite de ces consultations d’orientation nous avons exprimé ma femme et moi le choix de poursuivre des entretiens individuels. Nous avons émis le souhait d’adhérer à l’association GIROLLE pour participer à des réunions de réflexions philosophiques, d’enseignement de la psychologie, débouchant sur la connaissance de soi et sur une approche de la spiritualité. Cette approche qui établit un lien indissociable entre la spiritualité et la science effaçait totalement la rupture instillée dans mes pensées par les discours incessants de mes parents. Ils estimaient que la pauvreté était fille de la religion et qu’un Dieu ne pouvait que priver les hommes de liberté et encourager les riches à exploiter les pauvres.

La vie prenait enfin un sens. La voie dans laquelle nous nous sommes engagés conduit à une vie souvent laborieuse pour progresser. Elle promet, par notre travail spirituel et la connaissance de soi, dans un avenir encore lointain, d’ouvrir les portes des sphères supérieures, celles de la Création et de la Compréhension de l’Univers.

Lorsqu’en nous avons accueilli en 2007 la famille d’un de nos enfants (dont deux jeunes filles) de retour de l’étranger nous avons vécu en communauté familiale intergénérationnelle pendant près de 4 ans. Nos deux petites filles à la demande de leurs parents ont rejoint le groupe Girolle pendant 5 ans pour l’une et 7 ans pour l’autre. Elles l’ont quitté pour poursuivre leurs études (l’une travaille actuellement et semble bien réussir sur le plan professionnel) et la plus jeune après avoir réussi le Bac S tout en ayant une activité sportive intense, poursuit avec succès des études à la faculté des sciences. Nous leur avons apporté un soutien attentif et un contrôle rigoureux (qu’elles ont parfois trouvé contraignant) soutenues par les séances de travail au sein du groupe GIROLLE pendant leurs études jusqu’à la fin du secondaire. Les chemins de la réussite sociale sont aussi faits de contraintes et difficultés à surmonter.

Ce préambule me parait indispensable pour expliquer ma stupeur, mon indignation et ma tristesse devant la situation à laquelle est confrontée la famille Jacquet. J’éprouve encore du respect pour nos institutions et dans les principes civiques et moraux dispensés par l’école républicaine ; j’ai confiance en eux. Aujourd’hui j’assiste à ce que je considère être un déni de justice. Il évoque en moi les excès que peuvent connaitre certaines dictatures qui construisent des procès contre ceux qui ne veulent pas suivre les chemins qu’un pouvoir, qui se juge éclairé, veut voir suivre par « son » peuple.

Lors d’un de mes premiers contacts avec eux, les jumeaux sont montés dans ma voiture. Leur curiosité s’est concentrée sur toutes les commandes y compris le démarreur en ignorant toutes mes demandes d’arrêter, exprimées avec véhémence. La seule possibilité de mettre fin à cette situation a été de les sortir brutalement de la voiture alors qu’ils cherchaient à rester dans le véhicule. Oui, je dis brutalement car à mes yeux il n’y avait pas d’autre façon de faire cesser ce jeu destructeur et dangereux. Qu’aurai-je du faire pour l’arrêter ? Attendre que fatigués ils s’endorment ? Nous en étions arrivés mon épouse et moi à ne les sortir en promenade que lorsque nous étions l’un et l’autre disponibles, une seule personne ne parvenant pas à leur faire respecter les moindres consignes de prudence sur la route. Isabelle, d’une grande douceur recherchant l’affection auprès de tous ceux qui l’approchent, tentait quelque fois de calmer ses frères, mais sans grande réussite. Pourtant combien, tous les trois, sont attachants par leur joie de vivre, leur spontanéité, leur intelligence, leur générosité, leur gaieté et leur vivacité d’esprit !

L’agitation et la « résistance » des jumeaux est devenue plus intense lorsqu’ils ont été ébranlés par l’annonce d’une séparation prochaine des parents. Ils ont entrevu alors la possibilité de donner libre cours à leur turbulence, leur ignorance totale de toute forme de rappel à la discipline usuelle, simplement en jouant sur les tensions qui apparaissaient entre leurs parents. L’angoisse d’Isabelle a été très visible. Leur comparution devant les gendarmes a eu lieu dans un contexte très troublé et s’agissant d’une enquête à charge contre Olivier (puisque les enfants ont été, apriori, considérés comme victimes), il a dû être facile de leur faire dire des choses qui pouvaient être interprétées comme une charge contre leur père et leur grand-père. Les trois enfants, dans leur désarroi, mus par l’idée d’attirer la compassion de leurs interlocuteurs, ont pu présenter d’une façon un peu caricaturale leur vie de famille. L’amplification a certainement été plus forte chez Isabelle qui en était arrivée à parler à ses camarades de classe d’un souhait de mourir – une de mes connaissances me disait récemment « quel enfant n’a jamais dit une chose pareille ? »). Leurs confidences à leurs camarades d’école ont été interprétées et dramatisées à tous les niveaux et ont fini par constituer les preuves de la « culpabilité » d’un père dont le seul souci n’est en fait que d’assurer dans l’amour et la cohérence, une éducation correcte à ses enfants et conforme à ce qu’il pense être bon pour eux. De même celles relatives à leur grand -père qui est et a toujours été tourné vers l’ouverture d’esprit et le calme intérieur des enfants et des adultes qu’il rencontre ont été interprétés comme des excès d’autorité et des tentatives de manipulation mentale. Il est vrai que pour cette famille, ce qui parait beau ou bon ainsi que l’ouverture d’esprit incluent non seulement les mathématiques, la philosophie ou la psychologie mais aussi l’enseignement religieux et spirituel. Il ne s’agit pas d’une accumulation de savoirs, mais de l’acquisition d’un savoir être qui très progressivement permet de découvrir en soi les qualités divines qui feront de chacun, un jour, au bout d’un très long cheminement, des êtres humains transcendés, capables de se connecter aux énergies les plus élevées de la Création. Cette découverte est facilitée lorsque le bain familial en transmet les clés dès le plus jeune âge. Cela passe par la compréhension de l’inutilité des activités qui limitent les acquisitions des fausses connaissances et fausses valeurs liées au matérialisme dominant. Cela passe par l’exclusion des spectacles affligeants transmis par la télévision, de toutes formes de dépendances alimentaires (que beaucoup appellent « malbouffe »), des rivalités d’enfants sur le contenu de caisse à jouets et même de l’étalage des anatomies dénudées sur les plages à la mode. En résumé tout ce qui transforme notre humanité en robot de consommation. Toute activité y devient permise pour autant qu’elle rapporte de l’argent à ceux qui la promeuvent même si elle constitue un obstacle à toute évolution humaine vers un élargissement de conscience et une ouverture à la véritable nature de l’homme.

Un représentant de la justice peut-il froidement dire à des jeunes enfants, attachants dans leur spontanéité et leur envie de vivre mais excessivement turbulents, que la Loi ne permet à personne d’avoir un comportement brutal ou autoritaire envers eux sans tenir compte du véritable contexte dans lequel cela peut se produire ? Que penser d’un discours sur la manipulation mentale qui n’a pour but que de disqualifier les paroles d’un grand-père, qui a su dénouer dans une très grande bienveillance et un non moins grand respect humain, des tensions dans de si nombreuses familles ? Les magistrats ont-ils un monopole du savoir sur ce qu’est le bien pour les enfants, même lorsqu’ils cassent une éducation faite d’une harmonie affective et d’une discipline vigilante ? Ce sont pourtant des moyens très efficaces et qui ont fait leurs preuves pour conduire les enfants à prendre leur pleine autonomie.

Oui, la justice elle-même, en préconisant un droit de visite du père très restreint, finit par alimenter les tribunaux par des décisions inadaptées, hâtives qui ne laissent pas de place au contradictoire laissant entendre derrière l’épouvantail de l’accusation abusive et infondée, que vivre dans un groupe familial intergénérationnel est assimilable à une « dérive sectaire ».

Cet appareil judiciaire réalise-t-il que les jeunes délinquants d’aujourd’hui sont ceux qui, n’ayant jamais connu un cadre d’autorité en famille et à l’école, refusent toutes formes de règles dès leur 18 ans franchis. Nous le constatons tous les ans dans le comportement des jeunes apprentis dans l’entreprise de notre fils, qui ne savent pas assumer leur autonomie à leur majorité. Pour une grande partie, ils s’affranchissent de l’autorité parentale surtout lorsqu’elle est perturbée par une séparation ou qu’elle est exercée par un seul des parents. Ces jeunes deviennent ingérables, n’assistent plus aux cours magistraux associés à l’apprentissage et finissent sans diplôme. Les jeunes filles se retrouvent en situation très précaire et vulnérables et les garçons consommateurs de drogue ou poursuivis pour des créances impayées, les uns et les autres sans véritable volonté d’insertion dans un monde qui (selon eux) « ne les comprend pas » ! Et bien sûr, in fine, certains se retrouvent devant un tribunal pour… délinquance…

Est-il supportable qu’au sein de l’école, la demande explicite des gendarmes aboutisse à émettre un signalement à la protection de l’enfance sans en parler au père des enfants concernés, ni à son équipe, ni aux représentants de parents d’élèves ? Seule à la mère en a été informée. Est-il acceptable qu’un édile du village, bien qu’averti n’ait tenté aucune médiation avant que le couperet de la justice tranche les liens très forts qui unissent parents et enfants, prétendant « être démuni dans sa fonction » pour intervenir ? Manque de courage, indifférence ou hostilité ? Une fonction ne permet-elle pas d’avoir un comportement humain ? La parole d’un édile municipal ne suffit-elle pas souvent pour éviter que naissent des situations aussi insupportables pour des jeunes enfants et leurs parents en difficulté ? Les protagonistes de ces prises de décisions ont-ils conscience des ravages affectifs et psychologiques qu’ils sont en train de générer chez ces enfants ? Les jumeaux mettront probablement très rapidement en garde les adultes contre toute tentative de contrainte éducative en les menaçant de dénonciation à l’annonce d’une quelconque sanction, soit-elle la demande d’un écrit ! Qui pourra maintenant, d’une façon crédible, mettre une limite à leurs fantaisies même si elles sont nocives ou inappropriées ?

Comment pouvons-nous accepter en France qu’une décision de justice soit signifiée à un citoyen qui n’en a été informé qu’au moment de l’audition de sa femme et de ses enfants (considérés tous les quatre par les gendarmes enquêteurs comme victimes) qui a été conduite à charge sans qu’aucune nuance demandée par les prétendues victimes ne soit retenue ? Une décision est prise et signifiée à Olivier en des termes tels, que l’issue ne peut plus être autre chose que la limitation draconienne de son droit de visite aux enfants. Elle est assortie d’accusations sous-jacentes de dérive sectaire présentées comme étant à l’origine du comportement reproché à Olivier et à son Père André ! Accusations qui ne sont prouvées par aucun constat factuel et qui n’ont jamais été abordées dans une discussion contradictoire en présence des personnes concernées.

Le principe du contradictoire n’est pas respecté : en juillet prochain lorsque l’enquête sera terminée, même si elle conclut à l’absence de gravité du comportement d’Olivier (ce dont je suis persuadé), les insinuations sur les hypothétiques « dérives sectaires » ne serviront-elles pas de prétexte pour retirer à Olivier tout droit à la garde alternée des enfants… même si ces derniers réclament très fortement de rencontrer régulièrement et facilement leur père dans un cadre familial !

Échec et Mat ! Mais la justice n’est pas un jeu d’échec ! Quand on joue aux échecs on met en jeu son orgueil et la satisfaction de soi ! Il ne s’agit pas d’un jeu de ce type, mais de la vie des enfants et de l’investissement d’un homme dans l’éducation de ses enfants. Quelle piètre image de la justice et de notre pays sont-elles données dans les premières décisions émises ! Des personnes pleines d’amour et de bienveillance sont accusées de manipulations mentales et tout est fait pour détruire l’image des éducateurs que les enfants aiment et veulent retrouver ? N’est-ce pas une tentative de leur faire dire que c’est pour leur bien qu’ils en soient éloignés ? Et pour les en convaincre une décision très rigoureuse pour le père des enfants est notifiée dans une affaire qui n’aurait jamais dû arriver dans les mains de la justice.

Faut-il le dire à nouveau ?

LA FRANCE EST LE PAYS DES DROITS DE L’HOMME…

NE LES LAISSONS PAS ÊTRE BAFOUÉS !

Courage aux trois grévistes de la faim qui élèvent une protestation solennelle contre une application aussi brutale d’une législation inadaptée.