Lettre ouverte de la famille Alahmad

Lettre ouverte de la Famille Alahmad, réfugiés politiques syriens

(traduite de l’anglais en français à leur demande)

 Madame, Monsieur,

Nous souhaitons aujourd’hui apporter notre témoignage face à la situation révoltante et les calomnies qui touchent Olivier Jacquet, ses 3 enfants, son père André, toute leur famille et les membres du groupe GIROLLE.

Mais tout d’abord présentons-nous.

Nous sommes Rasha et Hassan Alahmad (28 et 29 ans). Nous avons un fils Ali, âgé de 2 ans, et attendons la naissance d’un deuxième garçon pour le mois de mars. Nous venons d’obtenir le statut de réfugiés politiques en France et nous vivons actuellement à Agen. En Syrie, j’étais ingénieur agronome et mon épouse travaillait dans les assurances et les banques.

J’ai été en 2011 un des fondateurs en Syrie du mouvement étudiant pacifiste luttant pour la LIBERTÉ contre le régime de Bashar El Assad. Déjà sous le régime précédent (Hafez El Assad), mon beau-père avait été détenu pendant 21 ans en prison. En ce qui me concerne, j’ai connu de nombreuses fois la prison avec, à chaque fois, des tortures atroces, de la part du régime syrien et des groupes islamistes (Al-Qaïda et Daech). Libéré parce que j’appartenais à un clan puissant et la dernière fois à l’occasion d’une opération militaire, j’ai continué le combat en travaillant avec des ONG dans les camps de réfugiés qui se constituaient autour des villes martyrs.

Pour échapper aux persécutions, nous avons fui en Turquie en 2014 où j’ai continué à travailler avec des ONG, puis vers la France en juillet 2017, via son ambassade en Turquie. Nous ne connaissions de la France que quelques notions historiques dont sa réputation de Pays des Droits de l’Homme.

À notre arrivée, nous avons été hébergés chez une personne qui s’était portée volontaire pour nous accueillir. Annie Labroille, grand-mère des enfants de Claire et Olivier Jacquet, membre du groupe GIROLLE, actuellement en grève de la faim, venait régulièrement nous donner des cours de français que nous appréciions beaucoup ainsi que son humour. Nous ne savions rien d’elle ni de sa famille.

Dans un deuxième temps, nous avons été amenés à déménager pour vivre dans sa maison à Salignac, avec elle et son mari Claude, jusqu’à ce que l’Office de l’Immigration puisse sécuriser notre situation en nous donnant un logement.  Annie s’est comportée avec nous comme une mère, attentive à tous nos besoins. Avec eux, nous avons pu nous apaiser, partager dans la joie notre cuisine syrienne et échanger longuement sur notre bienaimée Syrie d’avant la guerre et ce qu’elle est devenue. Nous nous sommes sentis immédiatement chez nous. Ils nous ont dit d’emblée que tout ce qui se trouvait dans la maison était à notre disposition et que nous pouvions ouvrir toutes les portes, les placards, le réfrigérateur, etc… Attitude fermée ?

Nous avons aussi rencontré la famille Jacquet et les membres du groupe vivant dans les environs ou à Bordeaux. Tous ont été très chaleureux. Tous étaient très sensibles à l’oppression que nous avions vécue et nous posaient de nombreuses questions pour comprendre la situation tragique de notre pays. Esprit fermé ?

Quant aux enfants, les 3 « anges », Gabriel, Mickaël et Isabelle, dont deux sont un peu turbulents mais ont le cœur sur la main, ils nous ont manifesté beaucoup d’affection. Ils fabriquaient pour nous et notre fils de très jolis objets qu’ils étaient heureux d’offrir et apportaient à Ali des doudous et peluches, disant qu’ils n’en avaient plus besoin car ils étaient grands maintenant, et aussi des livres, des DVD. Un jour Isabelle qui avait reçu 20 euros pour avoir lavé les voitures de ses grands-parents, les a utilisés pour acheter un jouet pour Ali au lieu d’en profiter pour elle. D’où leur vient ce comportement généreux, tourné vers l’autre, sinon de l’éducation reçue dans leur famille ? Leur spontanéité peut-elle provenir d’une éducation très contraignante ? Aujourd’hui, il suffit que nous parlions d’Isabelle à notre fils pour que ses yeux se mettent à briller ! C’est d’ailleurs le premier mot français qu’il a tenté de prononcer : « Babel ». Ces trois enfants sont beaux et bons.

Concernant leurs pratiques religieuses, Annie et Claude nous en avaient avertis et nous nous sommes accordés de façon à ce que la vie ensemble soit harmonieuse, ce qui n’a pas été difficile. À certaines heures (ils nous avaient fait un tableau), ils partaient prier et, comme un soir je voulais aller prier avec eux à la chapelle (chants chrétiens), André m’a invité à choisir et à lire, si je le souhaitais, une prière ou un extrait du Coran. Je le fis avec joie et, comme c’était le Hajj, période du pèlerinage à la Mecque, j’exposai aussi l’histoire et les modalités de ce pèlerinage avec un visionnage vidéo. Une autre fois, mon épouse a également lu une sourate consacrée à Marie. Avec Annie et Claude, nous avons aussi échangé sur le Christ et l’Islam. Foi fermée ? Quand le cœur parle, tout est simple et les religions ne sont pas des obstacles !

Ce groupe fait partie pour nous des êtres que nous chérissons le plus parmi ceux que nous avons rencontrés depuis notre arrivée en France. Lorsque nous avons obtenu un appartement à Agen, grâce à l’Office de l’Immigration, ils nous ont offert à notre départ de nombreux équipements dont nous avions besoin pour notre nouvel appartement (meubles, vaisselle, linge de lit, de table, ustensiles de cuisine, appareils électriques, microondes…) ainsi que des vêtements, de la nourriture et une somme d’argent collectée au sein du groupe. Nous savons aussi que la prise en charge de notre séjour a été assurée par l’ensemble du groupe. Esprit lucratif ?

Ils sont l’exemple de ce que sont de vrais amis. Ils nous ont aidés à déménager pour Agen, sont restés proches de nous malgré la distance, et ils ont poursuivi leur aide, quitte à faire des centaines de kilomètres pour cela.

Nous sommes bouleversés des accusations qui sont portées contre eux et du sort terriblement injuste qui est infligé aux enfants, qui sont privés de leur père. Quand nous pensons à eux, chaque jour, les mots qui nous viennent à l’esprit pour les qualifier sont : amour, solidarité, droiture, accueil, ouverture. Nous souhaitons revenir sur Bordeaux pour y vivre, continuer des études, travailler et pour les retrouver. Nous écrivons pour que tout le monde sache ce qu’ils ont fait pour nous. Quoi que nous fassions, nous ne pourrons jamais le leur rendre.

S’il vous plaît, après les terribles violences que nous avons vécues, donnez-nous l’espoir que la France est vraiment un pays où la justice et les droits de l’homme sont respectés, où les bons ne sont pas persécutés, où les enfants ne vivent plus des cauchemars. Sinon, nous désespèrerons…

Annie, Olivier et André, en grève de la faim, et tout le groupe, sachez que, quoi qu’il arrive, vous pourrez toujours compter sur nous à vos côtés.

Hassan et Rasha Alahmad