Lettre ouverte d’Annie Labroille

Madame, Monsieur,

Je suis Annie Labroille, 65 ans, membre du groupe GIROLLE depuis 33 ans, grand-mère d’Isabelle, Gabriel et Mickaël, enfants d’Olivier Jacquet et de ma fille Claire. Je suis retraitée de l’Éducation Nationale. Nous habitons, mon époux et moi, depuis 4 ans et demi à Salignac, au 42 chemin de Nouguerède. Je précise que nous vivons en couple et nullement dans une communauté, comme certains le clament de manière erronée et que je n’ai jamais vécu dans un tel contexte. J’ai 3 enfants et 6 petits-enfants.

Vers l’uniformisation des consciences ?

Mes parents, réfugiés républicains espagnols, avaient fui la dictature franquiste en 1939. À 19 ans, ils avaient perdu leurs pères, raflés sur la place de leur petit village le premier jour de la guerre civile, suite pour l’un à la dénonciation d’un commerçant rival et, pour les deux, après un tri sommaire sur critère religieux : « A droite ceux qui ne vont pas à la messe ! ». C’était leur cas. Ils montèrent dans un fourgon et jamais plus on ne les revit. Pendant les 40 ans de dictature qui suivirent, il est notoire que de nombreux enfants de républicains restés sur place, ont été arrachés à leurs parents pour être adoptés par de bons franquistes et éduqués selon les « bonnes » normes édictées par le pouvoir. Un tout récent documentaire TV en a témoigné.

Face à la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, délation sournoise fondée sur une discrimination spirituelle, condamnation expéditive sans possibilité de se défendre, le tout aboutissant à l’interdiction pour un père de voir et d’éduquer ses enfants, je vois se lever à nouveau le spectre d’un totalitarisme que nos consciences, endormies par les distractions de ce monde et devenues indifférentes, laissent s’instaurer silencieusement jusqu’à ce qu’un jour il montre ouvertement sa face hideuse. Mais il sera trop tard. Le formatage aura fait son œuvre dans nos consciences indifférentes ou soucieuses de ne pas se compromettre en manifestant ouvertement sa compassion pour celui, fût-il de sa famille, qui subit l’injustice. Rares sont les « Justes » aujourd’hui, capables d’agir en écoutant leur cœur au péril de leur vie, comme certains le firent pour sauver les Juifs de la déportation, il n’y a finalement pas si longtemps… Il faut pour cela un courage et une noblesse d’esprit quasi inexistante aujourd’hui, car l’avoir, le paraitre et notre quiétude seuls nous préoccupent.

Ne verra-t-on pas un jour les enfants dénoncer leurs parents, un frère dénoncer un frère, un père son fils, etc… ?

Éducation et devenir de notre société

Un mois après le début de l’affaire qui nous touche, l’un des jumeaux aurait déjà dit à sa mère qui le réprimandait : « Si tu me grondes, je le dirai aux gendarmes ! » Neuf ans d’une éducation incitative au respect de l’autorité et prodiguée par des parents aimants et soucieux de canaliser ses tendances rebelles, anéantis en quelques semaines. Le ver est déjà dans la pomme… L’enfant ne se sentira-t-il pas autorisé à dire la même chose à ses maitres d’école ?

Les enseignants eux-mêmes, de plus en plus incriminés par leurs élèves et les parents, perdent toute autorité légitime. Parfois, sans s’en rendre compte, ils se « tirent une balle dans le pied » par des pratiques incitant les enfants à valoriser leurs droits au détriment de leurs devoirs. Un soir l’un des jumeaux est rentré tout heureux de l’école, fier d’avoir acquis, par sa bonne conduite, un nombre de points suffisant pour être gratifié d’un « privilège » par sa maitresse. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que le privilège lui octroyait le droit de ne pas faire ses devoirs pendant une semaine ! Son frère, plein de bon sens et de pragmatisme, mais avec toutefois une pointe d’envie, lui fit alors remarquer : « Eh bien, tu es mal s’il y a une évaluation dans la semaine ! » La directrice de l’école mentionne aussi dans ses remarques, à charge contre l’éducation reçue par mes petits-enfants, que leurs parents les obligent à faire leurs devoirs. Mais alors pourquoi les enseignants en donnent-ils ? Faut-il ne pas apprendre les récitations ? Pourquoi les enfants sont-ils interrogés et évalués le lendemain pour vérifier qu’ils l’ont bien fait ? Le moindre effort est-il devenu optionnel ? On marche sur la tête…

J’ai moi-même pendant longtemps pratiqué une « pédagogie bienveillante positive » mais le risque est de tomber dans la démagogie et le laxisme. En tant qu’enseignants, nous avons une responsabilité vis-à-vis du devenir de notre société. J’ai vu dans les dix dernières années de ma carrière se « liquéfier » les règlements intérieurs dans les établissements, les sanctions s’édulcorer et devenir inutiles. J’ai vu des élèves se réjouir d’être exclus plusieurs journées à la perspective de ces « vacances » pendant lesquelles certains venaient dealer depuis l’extérieur au moment des récréations, à la barbe même de la gendarmerie située en face de l’établissement. Souvent leurs parents n’étaient pas informés de leur exclusion car ils interceptaient le courrier. Certains un jour la découvrirent par un appel de la gendarmerie les informant que leur fils, coutumier des exclusions temporaires inutiles, s’était fait renverser par une voiture au cours de ses pérégrinations et avait la jambe fracturée. Quelques années plus tard, il faisait la une du journal pour avoir poignardé quelqu’un dans le tram… Quels citoyens contribuons-nous à façonner ?

Intégration et ouverture aux autres

Réfugiés en France, où ils vécurent jusqu’à leur mort, mes parents, de par leur histoire, étaient profondément attachés à la LIBERTÉ, la JUSTICE et la FRATERNITÉ. Ils eurent à cœur de faire de leurs enfants des citoyens bien intégrés, respectueux des lois de leur pays d’accueil.

Tous trois sommes devenus, je pense, des citoyens honorables, rendant à la France ce qu’elle nous avait donné. Ma sœur travaille depuis 40 ans dans une banque où elle est très appréciée. Mon frère a fait une carrière remarquable qui lui a valu la Légion d’honneur, après un brillant cursus de médecin militaire jusqu’au grade de général. Quant à moi, j’ai été pendant 38 ans, pour mon plus grand bonheur, professeur de lettres classiques, jusqu’à ce que je doive prendre à regret une retraite anticipée en 2009 pour cause d’invalidité. Entre 1995 et 2003, j’ai aussi accueilli dans mon foyer des enfants placés par l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) ou la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) : une fratrie de trois, pendant 8 ans, à laquelle se sont ajoutés deux autres adolescents pendant un temps plus court. Nous avons aussi accueilli de manière temporaire le fils d’un Procureur de la République, adolescent très perturbé et violent. Notre famille étant recomposée, pendant les vacances scolaires, les 3 enfants de mon époux venaient s’ajouter à mes 3 enfants et aux 5 accueillis. Nous avons aussi reçu chez nous pendant un an ma belle-mère, en soins palliatifs, et nous l’avons accompagnée jusqu’à son dernier souffle. Aujourd’hui les « vieux » sont placés dans des mouroirs, ces maisons de retraite où le manque de soins frise parfois la maltraitance. Enfin je vous renvoie à la touchante lettre ouverte d’Hassan et Rasha Alahmad, réfugiés syriens que nous avons accueillis chez nous il y a quelques mois avec la participation affective et financière de notre groupe spirituel.

Ayant de plus toujours été enseignante à temps plein et appréciée par ma hiérarchie pour mon ouverture d’esprit et ma pédagogie innovante, qui peut dire que mon appartenance au groupe GIROLLE depuis 1985 et mes valeurs spirituelles ont fait de moi quelqu’un de fermé et de coupé du reste du monde ? Ai-je causé du tort à la société ? Beaucoup de membres de notre groupe, à commencer par la famille Jacquet, se sont dévoués toute leur vie au service des autres en toute discrétion. Serait-ce le fruit du hasard si le Docteur Jacquet est si apprécié à Salignac ?

La relation avec nos petits-enfants, Isabelle, Gabriel et Mickaël

Depuis leur naissance, j’ai eu le grand bonheur de voir mes petits-enfants quasiment tous les jours. Et cela fait maintenant plus d’un mois que nous ne nous sommes pas vus… Ma retraite anticipée nous a permis de passer ensemble de longs moments heureux, joyeux et passionnants pendant lesquels j’ai vu s’ouvrir leur intelligence, leur cœur et leur créativité :

–         Découverte de la nature dans le parc de la maison familiale : insectes, chevreuils, lièvres, renards, buses, coucou, merles, geais, mésanges, rouges-gorges, chouette, limaces, escargots, millepattes, papillons, salamandres, lézards, araignées, crapauds, guêpes, sauterelles, libellules, etc… (en relation avec la série de livres « Les drôles de petites bêtes »), observation de l’évolution de la flore au fil des saisons, composition de tableaux de fleurs séchées, écorces, glands, lichens

–         Répertoire des comptines

–         Vidéos (Pierre et le loup, Boucle d’or et les trois ours, les plus célèbres films de Walt Disney et bien d’autres)

–         Apprentissage du vocabulaire (imagiers), puis de la lecture, de l’écriture et des chiffres (petit train des chiffres)

–         Dessins, collages, et plus récemment peinture sur porcelaine et fabrication de slime et d’objets en décopatch

–         Cinéma, exposition à Cap Sciences sur les dinosaures, visites au zoo, séjour dans les Pyrénées, etc…

–         Livres de toutes sortes, qu’ils dévoraient si rapidement que je devais réalimenter sans cesse la « bibliothèque »

–         Chorale (ils ont une voix magnifique) : La nuit de Rameau, Ave Maria de Schubert, chants du film « Les choristes », « On écrit sur les murs » de Demis Roussos (reprise des Kids United), « Il est libre Max », « Ouvrez la cage aux oiseaux » de Pierre Perret, chants de Noël, etc…

–         Présentation, à l’occasion de fêtes familiales, de Fables d’Ésope, du Petit Prince de Saint-Exupéry, de Jonathan Livingston le goéland avec chorégraphies et réalisation de dessins et de décors

–         Ateliers pâtisserie : gâteaux, friandises et confitures

–         Jeux de société et autres (Légo fille et garçons, Petshops, Playmobil…) dans une chambre qui leur est dédiée chez nous

–         Jeux d’extérieur…

Isabelle est par nature calme, sage, douce, sensible, réfléchie, généreuse et expansive. Quant à Gabriel et Mickaël ils se sont très tôt signalés par une énergie débordante difficile à canaliser, quel que soit l’adulte en face d’eux. Lorsqu’ils venaient chez nous, il nous arrivait de devoir renvoyer l’un des deux chez lui pour parvenir à gérer la situation (à deux !). Plutôt permissifs de nature, il nous a fallu très souvent hausser fortement le ton et intervenir vigoureusement. Je défie quiconque d’y parvenir autrement. La gémellité participe vraisemblablement à cet état de fait, en même temps que leur caractère affirmé. Des membres de ma famille m’ont rapporté avoir parmi leurs amis des parents de jumeaux qui ont vécu le même problème, allant jusqu’à fixer les meubles aux murs car leurs jumeaux grimpaient dessus et les faisait basculer ! Cela n’empêche pas Gabriel et Mickaël d’être très affectueux, curieux de tout et soucieux de rendre service (mettre la table, préparer une salade de tomates pour leur mamie fatiguée, ratisser l’herbe, la ramasser à la brouette, ranger des bûches, etc…)

Je les ai surnommés « les vélociraptors », ces petits dinosaures ultrarapides qui courent dans tous les sens. Comme doués d’ubiquité, ils sont sous vos yeux et, quelques instants après, ils se sont volatilisés on ne sait où, pour se retrouver par exemple au milieu d’un champ, sur un gros rouleau de foin sur lequel ils se tortillent comme des diables ou sur un arbre de 10 m dont ils ne peuvent plus descendre ! À moins, comme ils nous l’ont raconté bien plus tard, que l’un d’entre eux ne tombe dans l’étang du parc (heureusement peu rempli au moment des faits) et ne soit sauvé par l’autre à la force de ses bras !

Autre anecdote : le poêle à bois est allumé et ronfle. Mickaël accroupi approche son visage contre la vitre, nous l’avertissons qu’il va se brûler et il le retire. Le lendemain, il arbore un gros « spot » rouge sur le bout du nez. Dès que nous avions tourné le dos, il avait donc testé la chose malgré nos avertissements.

Une autre fois, il me demande si on peut allumer le poêle et mettre une bûche. Je lui réponds négativement et je change de pièce. C’est alors que je sens une odeur de brûlé. Je retourne dans le salon et le trouve accroupi devant le poêle, enflammant une bûche compactée avec une allumette !

Ceci pour dire qu’il faut les surveiller comme le lait sur le feu, qu’on finit parfois par être excédé et qu’il est nécessaire d’agir avec eux avec une certaine virilité, comme le fait leur père, ce qui n’exclut pas des moments de tendresse par ailleurs… Les priver d’une manière aussi arbitraire de l’autorité de leur père me parait donc particulièrement inadapté, pour ne pas dire dangereux pour leur évolution.

Ma fille Claire et son époux Olivier viennent de se séparer. Ceux qui ont vécu cette situation savent à quel point c’est une souffrance, surtout pour les enfants. Alors qu’en parents aimants et responsables, ils tentaient de trouver en bonne entente une solution équilibrée pour le bien-être de leurs enfants, pourquoi cette intrusion brutale, étonnamment simultanée, d’une procédure de signalement qui fait l’effet d’une bombe dévastatrice ? A-t-on mesuré l’impact qu’elle aura sur le psychisme des enfants à court et à long termes ?

Mon vécu de la démarche spirituelle au sein du groupe GIROLLE

Je connais la famille Jacquet et je suis membre de l’association GIROLLE depuis 33 ans. Lorsque j’ai rencontré la première fois André Jacquet en 1985, j’étais anéantie par le départ tout récent de mon premier époux qui me laissait seule avec nos deux enfants âgés de 5 et 8 ans et je ne pouvais plus imaginer l’avenir. Ce premier entretien a été pour moi une révélation, une libération, une ouverture de conscience que j’ai toujours exprimée par l’image d’un voile qui se déchirait pour me laisser entrevoir un large ciel radieux insoupçonné jusque-là. Alors que j’étais noyée par les multiples conseils contradictoires que mon entourage et mes amis me prodiguaient, André, dont j’ai immédiatement perçu la bonté et la sagesse, m’a recentrée sur moi-même, m’invitant à mieux me connaitre et à réfléchir sur mes valeurs à partir desquelles je pourrais devenir actrice de mon avenir. Il m’a aussi interpelée sur certains aspects problématiques de mon caractère qu’il me faudrait conscientiser et transformer dans ma relation à l’autre pour qu’elle devienne plus harmonieuse.

De par ma culture classique, m’est alors venue à l’esprit la phrase inscrite sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes : « Connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux. » S’est aussi superposée à son image celle du philosophe Socrate, chère à mon cœur de professeur de grec, qui au Vème siècle avant JC, arpentait les rues d’Athènes avec ses disciples et dialoguait au gré de ses rencontres, notamment avec la jeunesse, questionnant ses interlocuteurs de façon à favoriser chez eux l’émergence des idées dont ils étaient porteurs. On appela maïeutique cet art de « faire accoucher les esprits ». Nulle coercition donc ni manipulation de la conscience mais éveil à soi-même dans toutes les dimensions de l’être. N’est-il pas triste de constater que, comme tous les éveilleurs de conscience, il fut condamné à mort sous prétexte qu’il corrompait la jeunesse ? Il est toujours dangereux pour le pouvoir que les jeunes réfléchissent par eux-mêmes et sortent de la pensée balisée. Il lui fut aussi reproché (tiens donc…) d’introduire des divinités nouvelles. À des dieux anthropomorphiques, peu dérangeants car possédant tous les défauts humains (Zeus/infidélité, Héra/jalousie, Hadès/cruauté, Mars/violence, Dionysos/débauche, Hermès/voleur, etc…), il substituait le « daïmon », inhérent à tout être humain et assimilable à la voix de l’âme ou de la conscience (tel Jiminy le Criquet pour Pinocchio), orientant l’être vers le Beau, le Vrai et le Bien. Y avait-il là de quoi tuer un tel homme ? Je prie pour qu’on n’en arrive pas là aujourd’hui, même symboliquement, car il semblerait que la recherche de la vérité soit aujourd’hui encore considérée comme subversive. Le chanteur Guy Béart l’a lui-même dénoncé : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté »

Après ce premier contact avec André, les entretiens se poursuivirent à ma demande enthousiaste, faisant écho aux interrogations profondes dont j’étais porteuse et aux centres d’intérêts qui étaient déjà les miens : psychologie (exploration de l’inconscient et des mécanismes de la personnalité), philosophie, spiritualité. J’entrai alors dans une dynamique volontaire et élévatrice qui est toujours la mienne aujourd’hui, non parce que ma conscience est asservie, mais parce que j’ai décidé en connaissance de cause de consacrer les dernières années de ma vie à Dieu. Qui cela dérange-t-il et pourquoi ? S’il vous plait, laissez-nous prier tranquilles !

Par le bouche à oreilles s’est progressivement constitué un groupe de chercheurs de sens ou de vérité, en affinité avec ces centres d’intérêts (Psychologie, Philosophie, Spiritualité), groupe PPS auquel s’est par la suite ajouté un S pour « Sciences ». Ce n’est pas un groupe de gens fumeux et farfelus qui dansent en hurlant comme des loups garous les soirs de pleine lune ! C’est un « laboratoire » dans lequel des cœurs et des intelligences rationnelles s’unissent et collaborent pour étudier des enseignements spirituels, faire des mathématiques, méditer, prier pour l’humanité, découvrir et expérimenter la fraternité dans une aide mutuelle pour discerner et éradiquer les tendances égoïstes qui nous empêchent d’aimer les autres. Pourquoi faire une telle démarche ? Pouvons-nous espérer un monde meilleur et fraternel si nous attendons que les autres changent et si nous, nous restons passifs ? Faisons nous-mêmes ce que nous pouvons en nous efforçant de devenir meilleurs. C’est ce que suggère le petit prince de Saint-Exupéry quand tous les jours il fait la toilette de sa petite planète, en arrachant les jeunes pousses de baobabs :

« Et en effet, sur la planète du petit prince, il y avait comme sur toutes les planètes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes. Par conséquent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises graines de mauvaises herbes. Mais les graines sont invisibles. Elles dorment dans le secret de la terre jusqu’à ce qu’il prenne fantaisie à l’une d’elles de se réveiller. Alors elle s’étire, et pousse d’abord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille inoffensive. S’il s’agit d’une brindille de radis ou de rosier, on peut la laisser pousser comme elle veut. Mais s’il s’agit d’une mauvaise plante, il faut arracher la plante aussitôt, dès qu’on a su la reconnaitre. Or il y avait des graines terribles sur la planète du petit prince… c’étaient les graines de baobabs. Le sol de la planète en était infesté. Or un baobab, si l’on s’y prend trop tard, on ne peut jamais plus s’en débarrasser. Il encombre toute la planète. Il la perfore de ses racines. Et si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font éclater.

C’est une question de discipline, me disait plus tard le petit prince… Il faut s’astreindre régulièrement à arracher les baobabs dès qu’on les distingue d’avec les rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont très jeunes. »

Oui, comme le souligne Saint-Exupéry, il faut de la « discipline » et des efforts réguliers pour « s’astreindre » à cette tâche, ce nettoyage permanent de notre intériorité qui, s’il était effectué par tous les hommes, garantirait à nos enfants un monde de Paix. Ce magnifique conte philosophique, Le Petit Prince, est souvent étudié dans nos écoles mais combien d’enseignants savent à quel point Saint-Exupéry était habité par la spiritualité et combien il désespérait en voyant l’humanité lui tourner le dos ? En témoignent ces deux extraits de lettres écrites la veille de sa mort, alors que son avion allait être abattu au large de Marseille le 31 juillet 1944 par un avion ennemi :

Au Général « X »

« Aujourd’hui, je suis profondément triste et en profondeur. Je suis triste pour ma génération qui est vide de toute substance humaine. Qui, n’ayant connu que le bar, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd’hui dans une action strictement grégaire qui n’a plus aucune couleur. On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a cent ans. Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fût répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de l’homme. Aujourd’hui que nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires […], tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque.

[…] Ah ! Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien… On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus. […] Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots. Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources : les impasses du système économique du XIXe siècle, le désespoir spirituel. […] Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors les sciences de la nature, ça ne leur a guère réussi. Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. Ça déborde le problème de la vie religieuse qui n’en est qu’une forme (bien que peut-être la vie de l’esprit conduise à l’autre nécessairement). »

À Pierre Dalloz

« On est loin ici du bain de haine mais, malgré la gentillesse de l’escadrille, c’est tout de même un peu la misère humaine. Je n’ai personne, jamais, avec qui parler. C’est déjà quelque chose d’avoir avec qui vivre. Mais quelle solitude spirituelle !

Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. »

La démarche spirituelle est difficile car notre égoïsme est d’autant plus grand que nos désirs sont nombreux et génèrent de nombreux conflits et résistances. Qui plus est, ils sont exacerbés par notre société. C’est pourquoi certains s’en vont, découragés par la difficulté de cette démarche qui est réelle, de par la remise en question de soi qu’elle implique. Parmi eux, il en est malheureusement qui, comme le renard de la fable de La Fontaine, ne parvenant pas à saisir les raisins vermeils tout en haut de la treille, s’en vont en les dénigrant avec mépris. Orgueilleux que nous sommes, ne nous est-il pas plus facile d’incriminer le professeur quand nous sommes en échec dans une discipline, que de reconnaitre nos limitations et nos faiblesses ? Il arrive aussi parfois que des membres du groupe fassent une pause, à leur demande ou suggérée par l’animateur. J’ai personnellement été invitée à en faire deux, à durée indéterminée au départ ; l’une dura 2 ans et l’autre 3. Dans cette démarche qui n’a de sens que si elle est volontaire, où chacun est libre de s’engager, d’entrer et de sortir momentanément ou définitivement, s’inscrivent aussi des entretiens individuels d’analyse, bimensuels ou hebdomadaires, selon le souhait de l’intéressé.

Que dire de plus qui n’ait déjà été dit dans d’autres lettres ou exposé dans la présentation de nos activités ? L’aspect rituélique semble soulever des peurs… N’existe-t-il pas pourtant dans toutes les églises, chez les Francs-Maçons ou même dans les tribunaux où les avocats portent des robes noires et les juges des robes rouges ? Pourquoi donc en déduire que nous, nous serions une « secte » parce que nous portons des aubes blanches lors de certaines rencontres ? Un rituel est pour nous symbolique et synonyme de beauté, de solennité et d’élévation, notamment quand il s’accompagne de chants magnifiques et de musique classique.

On n’a peur que de ce qu’on ne connait pas, c’est pourquoi nous vous invitons à venir nous rencontrer et à visiter les locaux de l’association, sans préjugés ni malveillance, et la connaissance dissipera les clichés soupçonneux de l’imagination. Puisse cette invitation être entendue et ne pas rester lettre morte.