Récit des ennuis de Léa Calleau à cause du soutien qu’elle a apporté

En février 2018, quand j’ai appris que André Jacquet, Olivier Jacquet et Annie Labroille avaient commencé une grève de la faim, j’ai voulu leur apporter mon soutien. Avec la volonté d’aider et de porter nos réflexions, j’ai signé la pétition en ligne le lundi 19 février, avec nom, prénom et profession. J’ai également envoyé un mail à mes collègues de formation (40 professeurs des écoles stagiaires). Voici ce mail :

« Bonjour à tous,

Je sollicite votre attention car je suis témoin actuellement d’une grave situation d’injustice. Elle concerne les personnes qui me sont les plus proches : une famille que je connais depuis mon enfance et un groupe auquel j’appartiens. Vous trouverez en pièce jointe un texte interpellant les citoyens avec le lien d’un site internet qui compile toutes les informations sur cette situation.

C’est en tant que professeur des écoles que je m’adresse à vous toutes car c’est la décision d’enseignants qui a déclenché une cascade d’évènements. C’est même en tant que professeur des écoles travaillant dans un établissement d’enseignement catholique que je souhaite partager avec vous ces réflexions sur la liberté de conscience et la liberté de culte.

Amitiés,

Léa »

Je reçois une seule réponse le lendemain :

« Bonsoir Léa,

Je me permets de répondre à ton message, ton appel à te soutenir qui me gêne !

Dans le cadre de notre métier, nous devons être « laïque » dans notre classe, et plus largement vis à vis de la communauté entière de l’école et je trouve que ta démarche ne l’ai pas vraiment.

Même si tu penses bien faire, par notre statut, ne nous pouvons (je parle pour les PE en général, je ne parle pas pour les filles de la promo hein !) accéder à ta demande puisque ce serait prendre parti, prendre parti pour cette famille (à la limite pourquoi pas) et pour la légitimité de ton « association » qui prône un certain culte/ religion. Or ce ne doit pas être le cas, nous ne pouvons (toujours les PE en général) avec et par notre statut, défendre des idées comme celles ci. Ou alors nous perdons notre place d’enseignant, pour non respect de la laïcité.

Je comprends ton envie de te battre, peut être est elle légitime, mais ne le fais pas en tant que professeur des écoles, pour ton bien et ton diplôme.

Je mets tout le monde en copie, non pour créer un scandale (comme je sais si bien faire? ), mais pour nous rappeler à chacune notre place dans l’école de la Laïcité !

C’est pas une question sur le fond mais sur la forme.

Bonne soirée à toutes ? »

Cette réponse ne reflète pas, il me semble, une réelle compréhension de mon message et de la notion de laïcité. Je renvoie à tout le monde le mail suivant :

« Je te renvoie à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La laïcité tronquerait-elle les articles suivants ?

Article 18

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Je ne reçois pas de réponse en retour et c’est le silence jusqu’à la rentrée. Toujours dans l’initiative de prendre position pour défendre le groupe, j’écris une lettre ouverte le 25 février, qui est publiée sur le site (voir Lettre ouverte de Léa Calleau).

Le jour de la rentrée, le 1er mars, la première collègue que je croise, appelons-la K., m’adresse la parole comme si de rien n’était. Je lui dis que je ne vais pas bien parce qu’elles ont été indifférentes à mon mail. Elle me répond alors qu’elle n’a pas manifesté son soutien parce que c’est pour elle une forme d’extrémisme et qu’elle ne va pas aller à l’encontre de ses idées juste pour moi. Je luis dis que je n’attendais pas forcément un soutien, mais au moins une réponse et finis par conclure « C’est toi qui juges. »

Une seule de mes collègues va m’exprimer son soutien. Elle me rapporte les différentes impressions échangées avec les autres : elles ne comprennent pas pourquoi je leur ai envoyé ce mail, cela les inquiète, ma lettre les questionne, elles se demandent pourquoi j’ai voulu devenir enseignante : serait-ce pour infiltrer l’Éducation Nationale afin de convertir des enfants ? Le mot « secte » ressort à plusieurs reprises. J’ai l’impression de devenir une personne dangereuse à leurs yeux.

Le lendemain midi, je propose à mes collègues de discuter. Je leur explique pourquoi je leur ai envoyé le mail :

  • Pour chercher des soutiens.
  • Pour les interpeller par rapport à notre manière d’entrer en relation avec les familles. Il y a un préjugé négatif sur les familles de la part des enseignants.
  • Pour discuter de la procédure de signalement, lors d’un cours de posture réflexive par exemple.

Elles ne pouvaient pas répondre favorablement à mon mail :

  • Parce que le site girolle.net n’était pas suffisamment explicite et elles n’ont pas compris quels étaient les évènements.
  • Parce que le site est associé à l’association GIROLLE et donc si elles signaient la pétition, elles signifiaient leur accord avec les principes de l’association.
  • Le terme de « secte » leur fait peur, même si on l’utilise justement pour le contester.
  • Elles ne sont pas en accord avec les principes de GIROLLE. Celle qui a répondu à mon mail témoigne de son appartenance à la religion chrétienne catholique. Elle n’adhère pas à nos idées, qu’elle simplifie comme tel « Jésus était Bouddha ».
  • Elles ne peuvent pas savoir si ce que dit Olivier Jacquet est vrai donc elles ne peuvent pas prendre position.
  • Elles auraient besoin de lire l’ordonnance pour avoir un point de vue objectif.
  • S’il est innocent, la justice l’innocentera.
  • Il est normal que la garde des enfants soit retirée en cas de suspicion de maltraitance.
  • Elles ne peuvent pas prendre position parce qu’en tant qu’enseignants, nous sommes soumis au devoir de réserve.

Réserve par rapport à quoi ? La réponse me semble floue.

K. me demande quelle serait mon attitude si j’avais des enfants musulmans dans ma classe. Est-ce que je les stigmatiserais ? Je ne critiquerais pas leur religion, au contraire, je les inciterais à l’étudier et à approfondir leur foi musulmane. Elle n’a pas dû lire la lettre de la famille Alahmad. Cela confirme mon impression qu’elles ont survolé le site.

K. me dit que mon association prône le châtiment corporel, ce que je démens. Chaque parent qui a été membre de l’association a fait des choix d’éducation personnels. Ce que j’écris dans ma lettre, ce n’est pas une louange aux châtiments corporels (terme assez fort), mais je pense que la correction physique peut être une solution dans un cadre familial. Toutefois, je ne l’utiliserais pas sur mes élèves parce que je connais le cadre de ma fonction. S’ensuit un débat stérile où j’affirme que l’interdiction de la fessée n’est pas passée dans la loi, mes collègues affirment le contraire.

Elles pensent que j’ai pris un risque en envoyant le mail et me demandent pourquoi je ne l’ai pas envoyé à la référente de la formation, à ma chargée de mission ou même aux collègues de l’école où je fais mon stage. Je reconnais alors qu’il ne me serait pas venu à l’esprit d’informer ces personnes, sachant que je n’ai pas de relation de proximité avec elles. Je n’aurais jamais pensé à partager une pétition avec ces personnes, peu importe le sujet. Je considérais davantage mes collègues de formation comme des étudiantes avec qui j’avais des relations plutôt sympathiques. En envoyant ce mail, je pensais avoir soit un soutien, soit de l’indifférence. Je ne pensais pas qu’elles allaient imaginer tout un tas de motivation secrète sur mon choix de profession. Je leur dis que je ne fais pas partie de Daech, je ne suis pas une terroriste.

Elles me demandent si je suis consciente du risque qu’une d’entre elles le fasse remonter à la référente de la formation (je n’y avais pas vraiment pensé), si je suis prête à risquer ma carrière et ma vie pour mon groupe. Je réponds par l’affirmative, sachant que je passe encore plus pour une extrémiste.

Elles me posent quelques questions sur le groupe : combien y a-t-il de membres ? Qu’est-ce que nous faisons ? Il y a dix-huit membres. Nous prions, nous méditons et nous avons des échanges philosophiques et spirituels. Une collègue, qui n’a pas participé à l’échange, me propose qu’on reparle un autre jour des activités du groupe parce qu’elle aimerait mieux comprendre. Je suis d’accord, mais elle ne me sollicitera pas à nouveau.

À la suite de cette discussion, le sujet n’est plus abordé. Nous nous en tenons à des échanges strictement professionnels.

Lundi 26 mars, je suis inspectée par l’inspecteur pédagogique régional du département où je suis en fonction. Il doit donner un avis, favorable ou défavorable, à la suite de mon inspection. Son avis s’ajoute à deux autres avis : celui du chef d’établissement et celui de ma tutrice. Une commission se réunira en juillet pour faire un choix d’après ces trois avis : validation, prolongement ou licenciement. Étant donné que j’ai déjà deux avis contradictoires, je devrais être présente lors de cette commission pour défendre mon travail. En effet, ma chef d’établissement a émis un avis favorable et ma tutrice un avis défavorable.

Je mène une séance de mathématiques en classe. S’ensuit un entretien conformément à la procédure habituelle. Nous analysons la séance lors de cet entretien. J’ai rencontré des difficultés au niveau didactique. L’inspecteur décide donc de revenir me visiter en mai.

Il me demande alors d’aller chercher le chef d’établissement. En sa présence, il m’annonce qu’il a été informé par l’ISFEC que j’ai envoyé un mail à mes collègues de formation. Ce mail contenait le lien d’un site internet sur lequel on pouvait lire une lettre que j’avais écrite. Le contenu de cette lettre est questionnant par rapport à mon point de vue sur l’autorité qu’exerce un adulte sur un enfant.

En résumé de cet entretien :

  • Je reconnais le caractère public de ma lettre.
  • Il m’annonce que j’ai commis une faute professionnelle par non-respect du devoir de réserve. Ayant passé le concours pour devenir fonctionnaire (mon statut est plus précisément celui de « contractuel de l’État »), je suis tenue au devoir de réserve.
  • Mon institut de formation a saisi l’inspecteur académique et je vais recevoir une convocation.
  • Il ne peut m’informer des conséquences de cette convocation.
  • Il ne valide pas les compétences 1, 2 et 6 du référentiel de compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation.

Compétence n°1 : Faire partager les valeurs de la République.

Compétence n°2 : Inscrire son action dans le cadre des principes fondamentaux du système éducatif et dans le cadre règlementaire de l’école.

Compétence n°6 : Agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques.

Il a répété plusieurs fois qu’il ne validait pas ces trois compétences. Si ces compétences ne sont pas validées, j’ai très peu de chance d’être titularisée.

Je demande si c’est le contenu de la lettre qui est problématique. Il précise qu’il y a trois choses : le contenu de la lettre, le fait de la rendre public et le fait de demander un soutien à mes collègues. Ma lettre sera jointe à son rapport. Étant donné sa longueur, il estime que j’ai pris du temps pour l’écrire. Je confirme qu’elle reflète ma pensée profonde. Si je la retire du site (ce que je ne ferais pas), cela ne change rien à ma « faute ».

Le chef d’établissement n’est pas du tout intervenu, sauf à une reprise. L’inspecteur me dit qu’il a été informé il y a dix jours et ma chef d’établissement il y a seulement deux jours. Elle n’était pas au courant lorsqu’elle a rendu un avis favorable à ma titularisation. Elle le confirme.

Suite à cet entretien, je prends la décision de quitter l’Éducation Nationale, quoi qu’il arrive. Il y a d’ailleurs très peu de chance que je sois titularisée cette année et il se peut même qu’ils me licencient.

Le mercredi 9 mai, je me rends seule à la convocation. J’ai été « accueillie » par cinq personnes ! Le secrétaire général, l’inspecteur pédagogique, la directrice diocésaine, le directeur de l’institut de formation ainsi qu’une cinquième personne dont je n’ai pas retenu la fonction. Pour cet entretien, j’avais préparé la lettre suivante :

Le 9 mai 2018

Monsieur l’Inspecteur,

Je conteste l’accusation dont je fais l’objet. J’ai agi en tant que citoyenne face à une injustice. Quand la démocratie recule, c’est le devoir du citoyen de protester et de faire entendre sa voix et la voix de ceux qui sont victimes d’abus de pouvoir. J’ai soutenu un père de famille qui s’est vu retiré la garde de ses enfants car il était accusé de donner une éducation religieuse « contraignante ». Ces accusations ont été fondées sur des rumeurs et des propos rapportés, sans jamais vérifier les dires des uns ou des autres. Ce père de famille vit une pratique spirituelle et souhaite transmettre certaines valeurs à ses enfants. Des valeurs et un enseignement qu’il n’a pas trouvés dans l’école publique. C’est pourquoi il tente depuis plusieurs années d’inscrire ses enfants dans un établissement privé d’enseignement catholique. C’est également dans un établissement privé d’enseignement catholique que j’ai choisi d’exercer ma profession. 

Si mes propos pour soutenir cette famille sont allés à l’encontre du devoir de réserve et du principe de laïcité, cela veut-il dire qu’il n’y a plus de différence entre les écoles publiques laïques et les écoles privées d’enseignement catholique ? N’y a-t-il pas un flou sur ce que peut dire ou ne peut pas dire un enseignant du privé ? Quel est le sens du principe de laïcité dans un établissement qui a une double appartenance ? L’appartenance au service public d’éducation prévaut-elle sur l’appartenance à l’institution ecclésiale ? Comment concilier la neutralité demandée par l’État et en même temps respecter le caractère propre tel qu’il a été défini dans la Déclaration conciliaire du 28 octobre 1965 sur l’Éducation Chrétienne ?

Alors oui, j’ai exprimé ma foi publiquement et j’ai fait part de mes interrogations sur les tendances éducatives actuelles dans la société. Je n’ai pas tenu ces propos en classe, mais par un canal privé à l’attention de collègues de formation et sur l’espace public qu’est internet. Dans le mail que j’ai envoyé, « je sollicite [leur] attention ». Je ne dis pas « Soutenez cette famille ! » J’informe car je suis témoin d’une situation d’injustice. Je transmets un texte avec le lien d’un site internet pour celles qui voudraient en savoir plus, un texte « interpellant les citoyens ». Je ne parle même pas de la pétition. J’envoie ce mail avec mon adresse personnelle vers des adresses personnelles. Je n’ai pas encore publié ma lettre à ce moment (19 février / 25 février).

Ensuite, j’exprime mon souhait de « partager avec [elles] ces réflexions ». Nous sommes enseignants, nous avons un pouvoir sur les familles, comment l’utilisons-nous ? Est-ce que ça nous dérange si des élèves de notre classe reçoivent une éducation religieuse ? s’ils parlent de ce qu’ils vivent à la maison ? C’est en ce sens que je souhaitais amener une discussion.

Je leur ai soumis la question de la liberté de conscience : nous sommes libres de ne pas croire, mais sommes-nous libres de croire et de croire en des idées minoritaires ? Que se serait-il passé si j’avais défendu un père de famille et des enfants juifs ?

Quand j’ai envoyé ce mail, je n’aurais pas imaginé enfreindre le devoir de réserve car, durant mes deux années de formation, j’ai pu être témoin de propos et de situations tels que :

  • « Le caractère propre me permet de parler de Dieu avec moins de neutralité que dans une école publique. Pendant les 27 h, si on est chrétien dans une école chrétienne, on peut parler de sa foi et parler de Dieu. Il y a une heure spécifique en dehors de ces 27 h d’enseignement pendant laquelle on transmet vraiment un enseignement sur la religion chrétienne » Extrait d’un cours sur le caractère propre par le directeur de Sainte-Marie Grand Lebrun.
  • En stage de M1, l’enseignante de CM2 annonce aux élèves le décès de la mère d’un élève de CM1 dont elle était proche. Elle invite ses élèves à prier ensemble, ils disent le Notre Père, et elle leur lit des textes de Saints.
  • J’ai participé à des temps de culture chrétienne avec des échanges sur des passages de la Bible, des célébrations, une dévolution de tutelle etc.
  • À l’ISFEC, j’ai participé à des messes.
  • Il y a à peine quelques semaines, avant la reprise d’un cours, une formatrice nous a proposé un temps de prière.
  • Depuis la première année, quand le directeur de l’ISFEC s’adresse à nous, il ne cache pas sa foi personnelle et fait très souvent de l’apostolat.

Le problème, c’est que je pourrais citer d’autres formateurs, témoigner d’autres situations de classe qui sont contradictoires avec les faits que je viens de relever. Vous pourrez également me rappeler que j’ai passé le même concours que les enseignants du public et que je suis payée par l’État. J’ai aussi passé un entretien pour obtenir l’Accord collégial et ce sont les parents qui ont en charge les liens avec le culte. D’ailleurs, cet accord pose question. S’il y a réellement 17% d’enseignants qui ont choisi les établissements privés d’enseignement catholique pour des raisons de conviction religieuse, alors cela signifie que 83% d’entre eux ont menti lors de cet entretien…

En conclusion : chacun interprète selon son propre prisme de valeurs et sa vision politique de l’École. Le caractère propre n’est pas défini par l’État et le devoir de réserve ne repose pas sur une loi, mais sur la jurisprudence. Il n’est pas le devoir de se taire, mais de mesurer ses propos. Je peux aussi invoquer l’article 6 de la loi du 13 juillet 1983 qui stipule que : « La liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires. » (loi portant droits et obligations des fonctionnaires, dite loi Le Pors). L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui vaut pour les fonctionnaires comme pour tout citoyen dit aussi : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Démontrez-moi en quoi mes propos n’ont pas respecté le devoir de réserve car ils seraient excessifs, insultants ou donneraient une mauvaise image du service de l’Éducation nationale. Démontrez-moi en quoi l’expression de mes opinions a troublé l’ordre public.

Vous m’avez convoquée pour discuter ma manière de servir. J’aspire à un service éclairé. Je ne le trouve pas dans ce système oppressant. C’est pourquoi j’ai choisi de quitter l’Éducation Nationale.

Léa Calleau

Ils ont relevé plusieurs points :

  • Par rapport à cette lettre, ils m’ont répété que la loi est la même pour les enseignants du public et du privé et que le caractère propre ne s’applique pas sur les temps d’enseignement. Ce dont j’ai pu être témoin est faux ou ne devrait pas se produire.
  • Par rapport à mon mail, en m’adressant à mes collègues « en tant que professeur des écoles » je me suis prononcée au nom de l’institution, détail dont je n’avais pas connaissance au moment d’écrire mon mail. Je l’ai appris plus tard au cours de mes recherches sur le devoir de réserve. Il est vrai que j’aurais pu dire plus justement « en tant que future enseignante », « en tant qu’étudiante » ou encore « en tant que citoyenne », n’étant pas titularisée professeur des écoles. Mais si je ne suis pas tout à fait enseignante, pourquoi sont-ils si intransigeants ?
  • Par rapport à ma lettre ouverte, la partie sur l’éducation a posé question, notamment la manière dont j’ai structuré le texte peut laisser penser que je parle de la correction physique dans le cadre de l’enseignement, ce qui n’est pas le cas. J’avais déjà repris cette partie qui n’était pas explicite. Je l’ai reprise rapidement, étant donné que j’avais beaucoup de travail… pour préparer la classe. Elle mérite une nouvelle correction.
  • Certains de mes propos « système oppressant », « famille juive », quand je parle de la collègue qui a fait remonter mon mail, je qualifie cela de « délation », choquent le directeur de l’institut de formation. Est-ce que je compare l’Éducation nationale au système nazi ou au système de Vichy ? Certains aspects rappellent effectivement les systèmes totalitaires. Le contrôle exercé par la hiérarchie, la peur instillée pour nous pousser à obéir sans réfléchir afin d’accéder au diplôme, la délation, la sanction automatique, le signalement, la standardisation qui nous fait entrer dans le moule…

En conclusion, je vais rendre ma lettre de démission dans les semaines à venir. Je peux terminer l’année auprès de mes élèves. Cette décision a été précipitée par cet évènement, mais je pense que même sans cela, je me serais vite sentie à l’étroit dans ce système.