Nouvelles du 22 février 2018

Huit jours après l’audience chez la juge des enfants, la notification du jugement ne m’est toujours pas parvenue. Je ne peux donc pas encore faire appel…

En revanche, je viens de recevoir aujourd’hui deux notifications :

  • une ordonnance aux fins d’examen psychologique,
  • une ordonnance aux fins d’examen psychiatrique,

qui, elles, ne sont pas susceptibles d’appel.

Nos proches se mobilisent pour faire connaitre dans le village de Salignac et les alentours ce qui nous arrive, en distribuant des tracts dans les boites aux lettres ou dans les supermarchés.

Mon frère médecin informe ses patients avec plus de détail.

Nous avons également envoyé des messages à différents média (Sud-Ouest, TV7, 20minutes, FranceInfo, deux journalistes sensibles à la question des mouvement spirituels minoritaires Yvan Rioufol du Figaro et Jean-Luc Martin-Lagardette, rédacteur du magazine en ligne « Ouvertures »). Mais nous n’avons pour l’instant aucune réaction.

Une de mes proches a pris rendez-vous avec le maire de Salignac qui l’a reçue. Le maire est toujours aussi peu impliqué ou concerné. Au fait que trois personnes de la commune fasse une grève de la faim, il répond qu’il ne peut rien faire. Il a seulement contacté la Préfecture pour savoir ce qu’il fallait faire si cela « tournait » mal… Dans quel but ? Pour se couvrir ? Pour que l’on ne puisse pas invoquer sa responsabilité ?

Il a ensuite invoqué le fait que dans cette histoire, une fille avait exprimé le souhait de mourir. Il reconnait donc enfin avoir été informé de cela. Quand il m’a dit qu’il ne savait rien, m’aurait-il menti ? Si donc il savait que ma fille avait pu manifester un tel désir, pourquoi n’aurait-il pas cherché à vérifier l’information ? N’est-ce pas de son devoir de maire, surtout d’un petit village ? A fortiori parce qu’il connait fort bien le docteur Jacquet, mon frère, qui aurait pu lui donner des informations précises sur l’état de ma fille. De deux choses l’une : a-t-il confiance en mon frère ou pas ?

On peut se demander à quoi sert un maire, un député, etc. Ne sont-ils pas des représentants du peuple ? L’ont-ils oublié ? Ils ne sont pas élus pour obtenir un titre ou des privilèges mais pour servir tous leurs administrés.

Au minimum, il pourrait s’enquérir directement auprès des personnes qui souffrent de leur situation et leur manifester un minimum de compassion. Mais non ! Nous ne méritons certainement aucune considération. Pour quelles raisons ? De quoi sommes-nous coupables ? De faire partie d’un groupe que l’on qualifie de secte ? De faire une grève de la faim ? Craint-il de se montrer auprès de personnes « infréquentables » pour ne pas compromettre sa réputation ?

Un des commerçants du village n’a pas voulu dans un premier temps qu’une affiche soit exposée dans son magasin mais sans invoquer franchement la véritable raison. Il a tout de même fini par changer d’avis (qu’il en soit chaleureusement remercié), mais il a reconnu que son premier refus était inspiré par le fait de ne pas heurter ses clients…

En fait, nous sommes tous ainsi peut-être. Nous constatons bien la grande indifférence que suscite notre action dans le village. Que peuvent bien penser les gens sur notre compte ?

Les indifférents peuvent dire : « Qu’est-ce que vous voulez que l’on fasse ? On ne sait pas nous. Il faut laisser faire la justice. »

Ceux-là ne cherchent pas à savoir puisqu’ils ne sont pas directement concernés. Dans leur esprit, ce genre de souci ne pourrait jamais leur arriver. C’est notre grand défaut de penser que la misère des autres n’est pas en partie la nôtre. Devenons-nous insensibles aux autres ? Est-ce que nous avons tous suffisamment de problèmes pour nous préoccuper en plus de ceux des autres ? Est-ce que nous serions trop angoissés de confronter la réalité ?

D’autres peuvent dire : « Il n’y a pas de fumée sans feu. Si la justice s’est exprimée, c’est qu’il y a forcément quelque chose à leur reprocher… »

N’est-ce pas notre façon de penser de manière générale lorsque nous apprenons qu’une personnalité a des ennuis judiciaires ? N’avons-nous pas tendance à accepter l’idée que cette personne est nécessairement coupable, d’autant plus si nous n’avions pas une sympathie pour elle ? La présomption d’innocence, que l’on ne cesse pourtant de rappeler, n’existe pas dans les faits.

Dans notre situation, il y a peut-être deux facteurs aggravants dans notre cas :

  1. Nous faisons une grève de la faim.

Que penser de ceux qui mènent une grève de la faim ? Sont-ils fous ? Sont-ils extrémistes ? N’ont-ils pas peur de la mort ? N’ont-ils pas peur de faire souffrir leur entourage ? Ne vont-ils pas s’attirer encore plus de désapprobation ? Est-ce une forme de chantage ? Sur qui veulent-ils faire pression ? Serait-ce sur moi ? Je ne veux pas me sentir interpelé de la sorte !

La cessation volontaire de la prise d’aliments est un moyen de protestation non violent visant à faire entendre ses revendications par une personne, une personne morale, une entité politique, etc.

Parfois, c’est malheureusement le seul moyen d’attirer l’attention sur une situation bloquée.

Les suffragettes anglaises, incarcérées en 1905 pour avoir revendiqué le droit de vote pour les femmes, qui firent une grève de la faim dans les prisons, étaient-elles folles ?

Gandhi, qui fit une grève de la faim en 1947 pour convaincre hindous et musulmans de déposer les armes, était-il fou ?

Le député français Jean Lassalle, qui fit une grève de la faim de 39 jours en 2006 pour protester contre le risque de départ d’une entreprise japonaise dans sa circonscription vers une circonscription voisine et qui a fini par obtenir les garanties que l’entreprise reste dans les lieux, était-il fou ?

Les 1578 détenus palestiniens, qui ont entamé une grève de la faim en 2017 pour protester contre les conditions de vie dans les prisons israéliennes et qui ont fini par obtenir gain de cause, étaient-ils fous ?

  1. Nous appartiendrions à un mouvement spirituel qualifié de secte.

Cela fait peur, cela inspire de la méfiance voire du mépris : « De toute manière, on ne sait pas ce qu’ils font, cela doit être louche, obscur. » Dans l’esprit de la majorité, seules les grandes religions ont le droit d’exister (et encore pour certains, athées et fervents défenseurs d’une certaine interprétation de la laïcité, même celles-ci devraient disparaitre) ; en dehors de celles-ci, tous les autres mouvements sont suspects. Personne n’y connait vraiment grand-chose mais c’est comme si pour eux les choses devaient rentrer dans certaines boites. Ils appartiennent à l’une des grandes religions ou bien ils regardent cela de très loin car cela ils ne se sentent pas du tout concernés.

Pour un chercheur de sens, au contraire, les religions ne sont pas entièrement satisfaisantes car elles ne répondent pas à toutes les questions qu’ils se posent. Il est donc en constante interrogation et cherche des réponses à travers des mouvements spirituels moins connus du grand nombre, porteurs pour certains de traditions très anciennes et beaucoup plus éclairantes que les religions – tout ceci étant dit sans jugement de valeur, puisque les religions peuvent être envisagées comme les marchepieds nécessaires à l’humanité pour se rapprocher de la Vérité.

Dans l’esprit des gens, trop souvent les mouvements minoritaires sont associés à certaines dérives sectaires qui ont fait grand bruit dans les journaux. On peut craindre des manipulations mentales pour extorquer de l’argent ou pour abuser sexuellement. Tout n’est vu que sous l’angle de possibles mauvaises intentions alors que dans la très grande majorité des cas probablement, l’objectif de ces mouvements est une réelle recherche de sagesse, de vertu, d’élévation spirituelle, tout l’inverse donc de l’image qu’on voudrait trop facilement leur apposer.

Nous pouvons préciser que nous ne demandons aucunement que les gens approuvent nos idées, nous ne sommes pas en train de recruter des membres. La question n’est pas du tout à ce niveau.

Il s’agit de mettre en évidence que des grands principes ne sont pas respectés :

  • La liberté de conscience et la liberté d’éduquer selon ses propres principes,
  • La possibilité d’avoir un véritable procès contradictoire où toutes les parties sont réellement entendues.

Ces deux points concernent tout le monde.

Le sujet de l’état de santé morale de ma fille continue de m’interpeler. S’il y avait eu un « véritable » souci, tous les intervenants de l’école n’aurait-il pas remarqué des signes, en premier lieu le maitre de la classe de ma fille ? Or, jamais au cours de l’année, nous n’avons été convoqués par le maitre. Il a fallu attendre que des parents rapportent à la directrice des propos plus ou moins déformés de ma fille. La directrice n’était-elle pas capable alors de faire preuve de discernement, de vérifier auprès des différents acteurs de l’école et en premier lieu du maitre de ma fille. Il aurait pu lui indiquer que ma fille est une très bonne élève, participative, volontaire, appliquée, pleine d’imagination, qui aime bien dessiner, etc. Tous les autres intervenants auraient pu aussi évoquer sa jovialité, le fait que c’est une fille très intégrée dans l’école, une bonne camarade, une fille respectueuse des adultes et aussi qu’elle est facilement en relation et bavarde.

Et enfin, je reviens encore à la question : pourquoi ne pas avoir demandé directement à ma fille si elle avait vraiment exprimé le souhait de mourir et pour quelles raisons, dans quel contexte ?

Pourquoi donc lancer un signalement pour des faits non vérifiés et facilement vérifiables ? N’y a-t-il plus aucune humanité ? Doit-on systématiquement passer par des procédures administratives ? Peut-on croire innocemment qu’il n’y aura aucune conséquence destructrice ?

Et comme si cela n’était pas suffisant, l’adjudante en charge du dossier a elle-même écrit dans son compte-rendu que ma fille a une tendance suicidaire. Je ne peux que m’interroger sur l’intentionnalité de ces personnes qui maintiennent de telles allégations. Quel but poursuivent-elles ? Sont-elles vraiment animées par la recherche de la vérité ? Ou cherchent-elles à nuire d’une manière ou d’une autre ?

Aujourd’hui, j’ai reçu la visite de deux gendarmes qui m’ont apporté une convocation pour une audition libre le mardi 27 février. Je suis soupçonné d’avoir commis ou tenté de commettre des violences n’ayant entrainé aucune incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant légitime, naturel ou adoptif.

Je suppose que je suis mis en cause pour les corrections physiques que j’ai données à mes enfants.

Sans cette précision, on pourrait penser à de la violence gratuite, du sadisme, de la réelle maltraitance.

Mais la tendance générale, semble-t-il, est de penser que toute violence est à proscrire. L’exception qui permettait à des parents d’utiliser des corrections physiques est nettement remise en cause. Je ne crois pas être un défenseur de la violence, mais je constate que parfois je peux être à cours d’imagination et d’argument avec mes garçons. Si l’on conteste également le fait d’isoler un enfant dans sa chambre, si l’on conteste aussi le fait de lui demander d’écrire une réflexion sur ce qu’il a fait, si l’on met en avant la liberté de l’enfant, j’ai l’impression que la liberté du parent est largement réduite. On peut se demander qui est à l’origine de ces théories éducatives. Est-ce que ceux qui les défendent ont des enfants et les ont-ils mises en pratique suffisamment longtemps ? Il peut y avoir deux cas de figure : ceux qui n’ont pas ou jamais eu d’enfants et ceux qui ont de grands enfants et qui sont des « repentis », considérant a posteriori qu’ils n’auraient pas dû être aussi sévères avec leurs enfants. Mais dans les deux cas, est-ce réaliste ? Ne faut-il pas être confronté au réel pour constater si la théorie fonctionne. Il s’agit en fait d’être un scientifique et non pas seulement un idéaliste : le scientifique ne rêve pas le monde, il peut élaborer des hypothèses mais il les confronte dès qu’il le peut avec l’expérience. De plus l’expérience doit être reproductible : il ne suffit pas de la vérifier une fois. Ce n’est pas parce qu’un mode éducatif fonctionne bien avec certains enfants, qu’il fonctionne avec tous les enfants. Je le constate bien avec les miens. Il est quasiment inutile d’utiliser des corrections physiques avec ma fille, qui a un caractère facile. En revanche mes deux garçons, qui sont dans une excitation permanente, ne parviennent pas à se raisonner et à revenir au calme quand on leur demande, comme s’ils ne comprenaient que les rapports de force. Même la menace est de faible efficacité parce qu’ils sont toujours en train de tester les limites.